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01.01.2008

Bonne année

On ne peut pas être enseignant au hasard. On ne peut pas être un bon prof sans en avoir la vocation. Toutes les connaissances du monde, tout le savoir encyclopédique ne suffisent pas. Cela va bien au-delà.

Je ne sais pas si je suis un bon prof. Je ne sais même pas ce qu'est "être un bon prof". Tout ce que je sais c'est que je SUIS prof, dans ma chair, dans mon sang, dans mon âme. Je dors prof, je mange prof, j'aime prof. Je ne saurais pas définir mon métier : il est moi, je suis lui. Parce que c'était lui, parce que c'était moi. Ce n'est pas un gagne-pain, ce n'est pas non plus un faire-valoir, c'est juste une évidence.

Quand j'étais encore étudiante, je savais que je ne saurais exercer autre chose que cet unique métier : les perspectives d'avenir pouvaient donc sembler limitées mais pour moi elles étaient infinies. Evidemment, l'année du CAPES je ne m'imaginais pas enseigner dans les quartiers difficiles. Cela me faisait peur, cela semblait si loin de moi. Ce monde-là, je le voyais violent, dur, insensible, inculte, ingrat, étranger.

Mais j'ai cru en ma bonne étoile : j'ai passé le concours avec dans l'idée d'enseigner comme ces profs qui avaient été mes modèles quand j'étais encore lycéenne... Enseigner à un public muet et discipliné, dans l'attente béate de la connaissance et du savoir... comme je l'apprendrais, quelques années plus tard, sur les bancs de l'IUFM.

J'ai eu le concours. J'ai été affecté, lors de l'année de stage, dans un collège idéal. Ma bonne étoile ne m'avait pas laissé tomber. Sans surprise aucune, j'ai été validée en juin par l'inspection académique. Je suis devenue prof sur le papier.

Et puis horreur ! Première affectation dans un des collèges les plus difficiles de ma ville. Pleurer, pester contre ma bonne étoile, regretter mes choix, avoir des remords, n'a rien changé. En septembre 2004, ma vie allait être bouleversée. Mais pas dans le sens attendu.

Trois ans et un trimestre ont passé depuis.

Je ne regrette plus rien. Ni d'avoir choisi d'enseigner, ni d'avoir été propulsée dans ce que certains nomment à tort "la jungle urbaine". C'est ici et maintenant que je suis une vraie prof. C'est aux contacts de ces gamins en demande de repères, qui n'ont connu pour la plupart que les cris et les coups comme contacts avec le monde adulte, que je suis devenue MOI. Je ne pense plus du tout à mes "petites chaises disciplinées" de mon premier collège. Je ne les regrette pas. Elles ne m'ont rien apporté et je ne leur ai rien apporté.

Chaque matin, je me lève, sans peur, sans appréhension. Et je sais que la journée sera pleine de rebondissements, de surprises. Et que ce ne sera pas toujours facile. Et je sais qu'à 20 heures, je rentrerai chez moi, parfois fatiguée, parfois même découragée, mais avec toujours au fond du coeur cette hargne, cette envie, cet amour, ce bonheur d'exercer un pareil métier. Je sers à quelque chose, je ne vis pas dans l'inutile et le superflu. Je suis quelqu'un, pour EUX, mes bambins. Et ça suffit à me rendre heureuse. Et c'est cette même hargne, que j'ai là, tapie au fond de l'âme, qui les fera grandir, EUX, qui les fera à leur tour devenir quelqu'un.

Il est très difficile de parler de mon métier. C'est quelque chose de très intime, de différent suivant chaque personnalité. Je n'enseigne comme aucun de mes collègues, aucun de mes collègues n'enseigne comme un autre. Mais on a tous en nous, et on l'aura jusqu'au dernier souffle, cette petite voix qui déjà tout petit nous chuchotait : "ils ont besoin de toi et tu as besoin d'eux, alors n'hésite pas, va au front ! Et bats-toi."

Commentaires

Magnifique profession de foi. Et inversement.

Ecrit par : 22 | 06.01.2008

Merci. Vous m'avez fait avancé d'un pas (petit pour l'homme et pour l'humanité on verra bien).

amitiés

jb

Ecrit par : jean-Baptiste | 06.01.2008

Quel beau texte et que de chemin parcouru depuis que je te lis! Bonne année à toi et à tous tes bambins.

Ecrit par : Mot a mot | 07.01.2008

Quel parcours ... ! Vous nous montrez la voie de la profession. Je suis actuellement professeur des écoles stagiaire ... peut-être un jour professeur de français ! En tout cas, grâce à vous, je me dis que ma bonne étoile n'est peut-être pas celle que je pense.
Bonne année 2008.

Ecrit par : Estelle | 09.01.2008

Je suis scotchée devant ce que tu écris, devant tant de... comment dire... devant ce recul que tu prends face à ton métier, face à ta vie.

On voit que tu sais ce que tu fais, que tu aimes ce que tu fais. C'est le plus important je crois. A quoi bon vivre si c'est pour être inutile toute sa vie. Je ne sais pas pourquoi, on nait sur terre, mais je suis sûre que c'est pas pour ça.

Continue, tu fais un métier magnifique, et à croire ce que j'ai pu entendre, tu le fais bien.

Continue d'aller au front, n'écoute pas ceux qui te disent que ton métier c'est du vent. Ils ne l'emporteront pas au paradis comme on dit... toi si !

Ecrit par : Audrey | 09.01.2008

Copieuse ! ;-)
Bonne année à toi aussi !

Ecrit par : tiphaine | 10.01.2008

Copieuse ???

Ecrit par : clochette26679 | 11.01.2008

Copieuse parce que je me retrouve dans ton message (et dans ton blog en général!), si tu regardes mon dernier billet de 2007, tu verras qu'il dit presque la même chose que ce que tu dis dans ton message de premier janvier. Je trouve ça bien d'ailleurs, on est des milliers à être seuls sans être seuls!

Ecrit par : tiphaine | 12.01.2008

Très beau texte sincère, sans tomber dans le pathos ou le lyrisme chevaleresque d'une éternelle cause perdue. J'effectue actuellement mon année de stage aprés avoir passé mon CAPLP arts appliqués et c'est toujours rassurant de lire que l'envie ne disparait au premier coup de blues .merci.

Ecrit par : Proctor | 13.01.2008

Oui Tiphaine : je m'en suis apreçu après coup, en allant me balader sur ton blog !
Ca faut du bien en effet de savoir qu'il y a encore des profs souriants... Pour ma part, je ne sais pas comment j'ai fait, pour le moment, pour éviter la pandémie du "j'en ai marre, collège de m., tous des abrutis, c'est quand les vacances, métier de m." qui a décimé la salle des profs...

Ecrit par : clochette | 13.01.2008

Comment s'est passée ton inspection ? tu nous as rien raconté, cachottière ! quel suspense !

Ecrit par : violet | 14.01.2008

C'est tellement vrai ! Prof moi aussi, j'aurais pu écrire la même chose ! Merci !

Ecrit par : Isabelle | 14.01.2008

Très bonne inspection ! L'inspectrice a encensé l'équipe lettres ! Que des compliments ! pendant 1/4 elle nous a couvert d'éloges :
Maintenant, j'attends le rapport... on ne sait jamais avant de l'avoir lu !

Ecrit par : clochette | 15.01.2008

Je suis prof par les hasards de la vie, comme beaucoup de mes confrères et à la différence de toi, je sépare strictement ma vie professionnelle de ma vie en dehors. Donc je ne suis prof que dans mon établissement, et je ne le suis pas en dehors. Je pense qu'il n'y a pas de règles. Pour certains c'est une vocation et ils sont habités par le métier, pour d'autres cela relève du hasard ou de la nécessité. Mais on peut aussi bien faire son métier sans pour cela ne penser qu'à ça ...

Ecrit par : Tietie007 | 16.01.2008

Effectivement, il n'y a pas de règle. On peut avoir "la vocation" et savoir laisser la malette de prof en salle des profs... On peut être un bon prof et ne pas penser à son métier 24/24h.
Mais peut on être prof "au hasard" ? comme on deviendrait "vendeur de Pop Corn"... je me pose la question. Il y a des métiers qui demandent une "vocation" (même si le mot, à bien le regarder, semble trop lourd) : policier, infirmière, médecin, avocat, garde forestier...
Mais tu as parfaitement raison, on est tous très différents, et tant mieux !

Ecrit par : clochette | 16.01.2008

quel beau texte! j'en suis touchée jusqu'aux larmes! merci de le partager ! je suis admirative de ton courage, de ta détermination, de la foi que tu as! c'est un vrai bonheur de découvrir que des profs comme toi existe!
moi je suis en plein préparation du capes et j'anticipe déjà sur le futur mais ton texte m'a donné une force incroyable car moi aussi depuis toute petite j'entends une petite voix me chuchotait ""ils ont besoin de toi et tu as besoin d'eux, alors n'hésite pas, va au front ! Et bats-toi."
continue comme ça je te souhaite une très bonne année!

Ecrit par : une lectrice tombée ici par hasard | 18.01.2008

Merci et je suis heureuse de t'avoir confortée dans ton idée !

Ecrit par : clochette | 23.01.2008

ahhhn ça m'a manqué de te lire!!!!
quel texte! j'admire la façon dont tu écris, vraiment. Et puis c'est tellement ce que je pense...
à plus

Ecrit par : pandora | 23.01.2008

Merci chef ! mais c'est aussi grâce à des collègues comme toi que ce métier peut paraitre aussi agréable ! ;o)

Ecrit par : clochette | 24.01.2008

tu m'appelles encore chef...je ne suis totalement sur la touche!

Ecrit par : pandora | 24.01.2008

Je ne suis pas d'accord, même sans vocation profonde du style "je veux faire ça depuis tjs", certains font du très bon boulot...

Tout métier s'apprend à condition d'être ouvert... Et tjs en restant ouvert on peut devenir "bon prof"...

Ecrit par : Nath | 07.02.2008

Je ne suis pas d'accord, même sans vocation profonde du style "je veux faire ça depuis tjs", certains font du très bon boulot...

Tout métier s'apprend à condition d'être ouvert... Et tjs en restant ouvert on peut devenir "bon prof"...

Ecrit par : Nath | 07.02.2008

Tres joli article :)
Je sui toujours decidé a en faire mon métier aussi enfin pour les petits Hihi

Ecrit par : Lisa | 15.02.2008

En retraite de l'enseignement privé depuis 7 années, hyperactif dans de nombreux domaines, une seule chose me manque : l'enseignement ; j'avais l'impression d'être utile à quelque chose et à quelque uns

Ecrit par : Cinquesse | 01.03.2008

Je suis lycéenne, assise sur les bancs sages d'un sage lycée des hautes pyrénées, dans une petite ville sage, entourée d'élèves assez sages.
Je suis lycéenne et ce que tu écris, ca me touche, ca me frappe, parce que devenir prof, c'est une évidence depuis que je suis petite. Ca a été maitresse, prof d'anglais, puis maintenant et définitivement prof de francais. C'est une vocation. Oui, c'est ca, comme tu le dis si bien.
Il y a la frayeur de tomber dans une ZEP. Mais en meme temps, c'est une certaine envie. Trouver des gens qui ont "besoin de toi" plus que n'importes quels autres enfants. Trouver, peut etre pas des oreilles attentives, mais des oreilles vivantes. Pas toujours sages.
On dit souvent qu'aller dans le privé, c'est ne pas prendre le risque de se retrouver en ZEP, que c'est bien pour une jeune femme. Mais ca n'a pas le meme gout je suppose. Ca n'a pas cette saveur indescriptible que tu dis pourtant si bien...

Bravo...
Et merci de nous conforter dans l'envie de croire a tout ca, nous, futurs petits profs...

Ecrit par : Aurelie | 04.03.2008

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