02.09.2008

Cinquième rentrée

Toujours les mêmes têtes. Le même bronzage. Les mêmes récits de vacances, confiés entre deux réunions. Les mêmes petites quiches au goût doux amer de septembre.

Personne n'a encore réellement pris conscience que c'était terminé, une fois de plus. Deux mois de vacances c'est beaucoup mais si peu. Certains ont encore les tongs aux pieds, la crème solaire dans un coin de leur sac, au cas où. On a, pour la plupart, laissé notre costume de prof au placard. On attend encore un peu. Histoire de prolonger l'illusion des vacances. On le sortira demain. Quand ce ne sera plus pour du beurre mais face aux élèves.

Toujours les mêmes qui s'impatientent durant le long discours moralisateur et politiquement bien pensant du principal. Un seul et même souci : les emplois du temps. Et ce seront les même que ceux de l'an dernier qui râleront : pas les bons jours de congés une honte de travailler le vendredi après-midi et pourquoi ce trou de deux heures le mardi matin j'avais pourtant demandé qu'on me libére les mercredis jeudis vendredis j'ai une famille moi c'était pourtant pas compliqué quatre heures de cours à la suite c'est un scandale je suis fonctionnaire de l'état moi madame comment ça je suis privilégié je n'ai eu que deux mois de vacances je vais me plaindre au SNES et ensuite à mon médecin...

Toutes les prérentrées se ressemblent. Et pourtant. Tous les ans ce sont les mêmes angoisses nocturnes qui pointent leur nez. Juste quelques semaines avant le jour fatidique. Les mêmes cauchemars. On rêve de chahut dans une classe. On se voit impuissant face à une marmaille bien décidée à être encore en vacances. On se pense incapable d'enseigner, que l'on ait un an, cinq ans ou trente ans d'expérience.

Le bronzage extérieur n'est qu'un leurre : à l'intérieur on sent déjà la déprime de décembre, le poids des cernes sous les yeux, la folle ronde des conseils de classe, des réunions parents profs, les heures de correction, les nuits blanches, les injustices, la violence, la satisfaction du travail bien fait.

Cette année encore j'ai toutes les raisons d'angoisser. Mon frigo déborde d'ailleurs, déjà, de toutes sortes de produits survitaminés, ma pharmacie regorge de pilules au magnésium, enrichies en fer, contre le mal de tête, anti-stress, calmantes, euphorisantes, pour les petites chutes de moral, les grands pics de blues, le manque d'énergie, pour les bonnes idées, le trop de bruit, le pas assez de participation...

Le CAPES ouvre bien des portes. Cette année en effet me voici propulsée au haut et digne rang de "Superflic-Professeur-Principal-Pro-de l'Orientation" d'une classe de troisième. C'est une sorte d'avancement, de prime au mérite sans mon accord.

Pour quelques euros de plus, j'aurai droit à un casier vomissant de paperasses administratives et d'informations sur l'orientation, à des nuits entières passées à décoder des sigles sibyllins comme BEP, CAP CFA, STI, STG, B2I, CIO, ONISEP, BTM, BMA, BP, MAIS OU ET DONC OR NI CAR...

Je goûterai aux joies de la recherche de stages.

J'aurai aussi un nouveau meilleur ami : le COP, un autre Superflic (comme son nom l'indique d'ailleurs) Conseiller d'Orientation Psychologue.

Le mois de juin sera enfin une succession de rebondissements enchanteurs au rythme de la douce musique des Dossiers d'Orientation.

Bref, voici encore un très beau cadeau que me font mes supérieurs hiérarchiques. Je n'en demandais pas tant. C'est trop d'honneur. Je remercie tout d'abord mes parents, sans qui je n'aurai jamais travaillé à l'école et grâce à qui je peux aujourd'hui prétendre au haut grade de fonctionnaire de l'état au sein de l'éducation nationale. Je remercie ensuite les bancs de la Fac, ma tutrice, les dirigeants de l'IUFM. Et enfin, une spéciale dédicace à Xavier. Je pense n'avoir oublié personne. Merci. Je vous laisse. Je suis attendue par un verre d'aspirine.