09.01.2009

La provence sous la neige

Vivre et enseigner dans le sud a ses avantages. Nous sommes des privilégiés... Parfois, cependant, le climat n'est pas clément.

L'été, on a la chance de pouvoir travailler jusqu'en juillet. Mais parfois, les cours se terminent officieusement début mai, voire mi-avril quand le soleil est de bonne humeur. Les élèves, très indépendants et autonomes dans ces régions, savent que ce soleil de plomb pourrait nuire à leurs facultés intellectuelles. Ils troquent donc le cartable contre claquettes, casquettes et caleçon de bain et courent jusqu'à la plage la plus proche pour s'hydrater. La cour de récré déserte, décue de ne plus profiter des crachats et ordures de toutes sortes qui la jonchent habituellement, profite de ce repos de trois mois pour se refaire une santé. Les arbres, attristés par le fait de ne plus voir leurs branches mises à rude épreuve, arrachées, coupées, tordues, cassées, broyées, déploient leur feuillage, comme un appel au secours. Les oiseaux, les écureuils et autres chats errants sortent le nez de leur tanière, cherchant une âme généreuse, prête à leur jeter des pierres et à les torturer, bref à leur redonner le goût de la vie... Et les profs, ces pauvres êtres sans travail, sont désemparés : déçus de ne pouvoir enseigner, ils profitent de ce temps libre pour improviser des réunions pédagogiques, afin de mettre en place de nouvelles activités pour l'année scolaire à venir (jeux de cartes, trivial pursuit, pétanque)

L'hiver, on pourrait croire que nous sommes à l'abri, que nous avons la chance de pouvoir travailler, au frais, sans encombres... On se trompe, il est fréquent de nous voir obligés de rester à la maison, pour cause de météo capricieuse...

En effet, ici, on ne sait pas gérer la pluie. Et on gère encore moins bien la neige.  

Le provençal, le vrai, se voit totalement paralysé quand devant chez lui s'etend un champ enneigé... de plus d'un centimètre d'épaisseur.

Le provençal n'est pas équipé pour affronter les grands froids. A zéro degré, il reste donc chez lui. Il est effrayé. S'il doit sortir, pour une urgence, il doit se parer pour affronter le grand froid : il enfile des bottes lunaires, accumule les épaisseurs de tissu, enfonce un bonnet sur sa tête, n'oublie pas le cache-oreilles, et surtout, sort les raquettes, achetées il y a quelques années, lors de vacances d'hiver passées à Praloup...

Mais pas question d'aller au travail. Même avec la meilleure volonté. Ce serait trop dangereux. Il ne sait plus conduire. Il ne peut pas se déplacer. Et puis, de toute façon, les routes sont bloquées. On a pu voir des provençaux courageux, et dotés d'une véritable conscience professionnelle, qui ont tenté de poser leurs roues sur le bitume... Mais à peine ont-ils parcouru un mètre qu'ils se sont retrouvés au milieu de la chaussée, se voyant aussitôt rejoints par d'autres téméraires collègues, et immobilisant ainsi toute une région.

Nous ne sommes décidément pas équipés pour affronter ce type d'intempéries... Mieux vaut rester prudents et chez soi... à faire de la luge, des batailles de boules de neige, des bonhommes de neige et parfois, quand le temps le permet, les soldes.

Mais faisons taire les mauvais esprits. Le provençal n'est ni flemmard, ni profiteur. Le provençal est un travailleur et si, par hasard, il rate une journée de travail, c'est parce qu'il n'a pas le choix...

On a d'ailleurs pu voir, il y a quelques jours encore, dans certains quartiers marseillais, de jeunes gens intrépides, tentant, par tous les moyens, snow-board, luge, ski, mini-ski, et au risque de leurs vies, d'accéder à leurs lieux de travail...  La vidéo ci-dessous en est la preuve...

 

Commentaires

mdr.. enfin, y en a qd meme qui sont allés au boulot ce matin contrairement à d'autres (qui ont donc le temps d'écrire sur leur blog ptdr)

Ecrit par : caroooole | 09.01.2009

Oui mais c'est la mort dans l'âme que je reste chez moi, au chaud. Je tente de passer le temps désespérément entre deux emails, un passage sur face book, un visionnage de DVD, une brève halte pour faire les soldes...

Ecrit par : clochette | 09.01.2009

Malheureusement, plus à l'est (c'est à dire à l'extrême sud-est de la France), la neige n'est tombé que sur l'arrière pays (à partir de 800 m) et pas sur le littoral. Bref, nous autres de Nice n'avons pas pu bénéficier des plaisirs du ski (pas nautique) sur la plage. Les effectifs des élèves étaient presque complet (2 à 5 absents par classe, comme d'habitude pour raison de "panne d'oreiller").

Ecrit par : alpha | 09.01.2009

La chance ! vous avez pu faire cours ! ;o)

Ecrit par : clochette | 09.01.2009

Whaaah, moi qui suit provençale d'origine et immigrée au Québec je ris bien en voyant les, ô sacrilège 30 centimètres qui écrasent littéralement Marseille.

Comme nous l'hiver dernier on s'est reçu 5 mètres de neige, je suis habituée et avec 0° je sors en t-shirt. Mais c'est vrai que le Sud de la France est vraiment pas équipé contre ce genre de climat...

Ecrit par : Mégann | 10.01.2009

Je proteste! Tous les Provençaux ne sont pas paniqués à l'apparition du premier flocon de neige! :-) J'ai de la famille sur la côte varoise et je confirme que ce sont des handicapés de la neige, paralysés de terreur dès le premier centimètre sur le sol. MAIS j'ai aussi de la famille dans le Vaucluse au pied du Ventoux, et eux ont l'habitude du froid, ont déjà vu la neige, et savent se débrouiller.

La question est donc la suivante chère collègue: quelle Provençale est-tu? :-)

Ecrit par : pouv | 11.01.2009

Il suffit de regarder la vidéo...

Ecrit par : Clochette | 12.01.2009

La vraie provence est de toute façon celle qui s'étend entre la Sainte Victoire, la Sainte Baume et le Garlaban... plus loin ce ne sont que des ersatz de Provence... ;o)

Ecrit par : clochette | 13.01.2009

Enfin un message ! En gros, tu nous dis que les élèves ne viennent pas à l'école, ni quand il fait trop chaud, ni quand il fait trop froid ?
Les profs sont donc bien payés à ne rien faire, tu confirmes ?
(un petit clic sur mon pseudo vous révèlera combien ce commentaire est ironique)

Ecrit par : Mademoisill | 13.01.2009

Ah oui oui : je confirme ! Nous sommes grassement payés à rien faire ! Mais on le fait si bien finalement. Juste pour l'effort, on mérite nos salaires ! ;o)

Ecrit par : clochette | 14.01.2009

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