22.01.2009
Une semaine ordinaire
Lundi : Arrivée 9 heures. Je n'ai pas cours le lundi matin mais j'ai rendez-vous avec des parents. On me pose un lapin. Encore.
15h30. Départ de feu au troisième étage. Mes pieds jouent les extincteurs. Le soir, on apprend que des élèves ont sur eux des pistolets à billes. Une rumeur court : il s'agirait peut-être même d'un taser.
Mardi. Arrivée 8 heures. Rien à signaler.
Pause de 10 heures. Serrures bouchées. J'emprunte un compas. Je joue du crochet. L'objet du crime : des graines de tournesol. Je débouche. Pause de midi.
13h30. Serrures bouchées. Je garde mon calme. J'emprunte une épingle à nourrice. Graines de tournesol et gomme à mâcher. Je joue une nouvelle fois du crochet. Je débouche.
Pause de 15h30. Serrures bouchées. Un deux trois. Je respire. Je me félicite d'avoir eu l'excellente idée de conserver l'épingle à nourrice. Je joue du crochet. Je débouche.
Mardi soir. Réunion parents-profs. Seuls les parents d'élèves pertubateurs ou absentéistes ont été convoqués. Malheureusement la salle de réunion n'a pas été bouchée. J'apprends que je dois éduquer leurs enfants. Un deux trois je respire. J'écoute. Je souris. J'encaisse. j'apprends que dire à une élève "c'est l'hôpital qui se fout de la charité est une insulte". Je doute de mes capacités en langue française. L'enfant roi est roi. Le prof est par définition en tort. Quoiqu'il arrive. Mes chakras se bouchent. Mes oreilles aussi.
19h00. Arrivée à la maison. Je me venge sur une boîte de Pringles. Envie de bière. Pas de bière.
Mercredi matin. Pas cours. Le collège vit sans moi. Et je ne m'en porte pas plus mal.
Jeudi matin. Arrivée 8 heures. J'apprends que la veille un de mes collègues s'est fait agresser verbalement. "A poil machin. Machin t'es un sale schtroumpf. Je vais te faire la schtroumpf. Gros schtroumpf". Aucune réaction de l'administration. Les élèves concernés se promènent en toute impunité dans le collège. On les acclame déjà comme des héros.
10 heures. J'ai cours. Je sors ma fidèle épingle à nourrice. J'ôte délicatement la gomme à mâcher qui l'obstrue.
Pause de midi. On parle de mon collègue à la cantine. On désigne deux volontaires pour s'entretenir avec la principale. J'en suis. On exige le conseil de discipline. Elle rechigne. On menace. Elle explique que, de toute façon, Machin ne s'en sort avec aucune classe. On garde notre calme. Ceci ne justifie pas cela. On menace de débrayer. Encore. On la laisse réfléchir. On obtient le conseil.
13h30. Débouchage quotidien de serrures. Cours.
15h30. Pause. Retour en salle des profs. On apprend que des élèves on fait entrer un serpent (mort) en salle d'arts plastiques.
15h40. Retour en cours. J'ouvre ma porte... avec une clé. De temps en temps, ça arrive encore.
16h30. Fin de mon cours. Je reste pour travailler un peu dans ma salle. J'entends hurler au feu. Départ de feu dans les couloirs. Quelqu'un l'a éteint.
16h40. J'entends de nouveau des hurlements. On égorge quelqu'un. Ou alors on répète pour une pièce de théâtre, pièce retraçant la vie du collège. Non. C'est juste une collègue qui a du mal avec sa classe. C'est peu dire. Impossible de travailler. Je range mes affaires. J'interviens dans le cours de la dite collègue. je fais la morale. Les élèves ne bronchent pas. Ils sont en sixième. Intérieurement, je me demande comment des élèves si petits peuvent arriver à transformer une salle de cours en la décharge publique qui s'étend sous mes yeux : papiers de bonbons, feuilles déchirées, graines de tournesol (tiens tiens... y aurait-il un lien ?), crayons cassés, stylos machouillés, chaises retournées, tables renversées. Pire que dans le pire de mes pires cauchemars. Je laisse ma collègue, gérer ce qu'il reste à gérer..
18h30. Suis contente de rentrer à la maison. Je sirote une bière. J'oublie peu à peu les tumultes de ma vie professionnelle. Retour à la vie normale. Mais inconsciemment, j'imagine déjà de quoi sera fait demain. Incendie ? Passage à tabac d'un collègue ? Introduction d'armes à feu dans le collège ? Menaces de mort ? Usage de pitbulls pour intimider le prof ? et le pire... faire cours dans le calme, le luxe et la volupté.
18:48 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note


Commentaires
A trop visiter des blogs des profs, j'espère ne pas perdre ma motivation ! Pour l'instant ça va... et puis je me dis qu'en latin, j'aurai, au pire, 10 élèves...
Sinon, faut pas dire "c'est l'hôpital qui se fout de la charité" mais "c'est le roquefort qui dit au camembert tu pues". Faudra déjà passer 1h à leur expliquer ce qu'est un roquefort, ça dervait faire diversion.
Ecrit par : Mademoisill | 22.01.2009
Idem Mademoisill. (d'ailleurs j'ai visité son très beau blog.) J'espère ne pas trop perdre ma motivation pour être prof... de français. Risque pas d'avoir 10 élèves, moi.
Ecrit par : Mégann | 23.01.2009
Si vous naviguez un peu sur ce blog, vous verrez que c'est tout de même un très beau métier. Il faut bien supporter quelques chenilles pour apprécier les papillons...
Ecrit par : clochette | 23.01.2009
Ah mais ça, on sait que c'est un très beau métier. :) Sinon, pourquoi voudrait-on le faire?
Ecrit par : Mégann | 24.01.2009
Chère Mademoisill, désolé de te décevoir, mais si tu passes le capes de Lettres classiques, tu ne seras pas "que" prof de latin... le sais-tu ? DOnc 10 élèves, à part dans le monde des Bisounours que meme clochette à abandonner, ce n'est plus possible. Sur ce, notre job est formidable!!
Ecrit par : Rex | 24.01.2009
Evidemment qu'il est formidable ! surtout pendant les vacances ! ;o)
Ecrit par : clochette | 25.01.2009
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