23.01.2009
Une fin de semaine ordinaire
Vendredi matin : arrivée 8h. La serrure de mon casier n'est maheureusement pas bouchée. Il vomit déjà de documents de toutes sortes.
9 heures. Une heure de cours à rattraper avec mes troisièmes. J'ai comme un drôle de pressentiment qui me trotte dans la tête depuis ce matin, au réveil. L'heure se passe. Rien de grave n'est arrivé. Laissons les pressentiments au casier, avec toutes ces autres choses futiles.
10 heures. Récréation. Les policiers ont débarqué. Des élèves les ont caillassés. Je reste étanche à toute information extérieure mettant en péril mes chakras... Je souhaite rester positive aujourd'hui. Ce soir, c'est le week end.
Pause jusqu'à 11 heures. J'en profite pour corriger des copies. Etrangement, je me sens détendue. Les copies sont plutôt bonnes. Un sentiment de fierté s'empare de moi. Je le laisse profiter de cet instant rare.
11 heures. Confiante, je monte les trois étages qui mènent à ma salle. Aucun détritus. Pas de restes calcinés. Rien à signaler. Confiante j'entre la clé dans ma serrure. Le geste de trop. L'écorce de graine de tournesol s'enfonce vicieusement. Rien à faire. La serrure est bloquée. C'est la goutte d'eau. Je ne prendrai pas mes élèves cette fois-ci. Je les laisse en permanence. Je rédige un signalement interne "Serrure bouchée. Stop. Plusieurs fois cette semaine. Stop. Porte condamnée. Stop. Ras le bol général. Stop. Révolte intérieure". Je croise la principale. Je déverse mon fiel. "Madame, nous ne sommes pas en sécurité dans ce collège. Mes élèves sont en permanence. Marre de cette ambiance. Il faut faire quelque chose...".
Midi. J'oublie ma peine dans l'alcool la ratatouille servie à la cantine.
13h30. Retour en classe. Serrures bouchées. Coup d'épingle à nourrice. Rien à faire. La salle de ma collègue communique avec la mienne. J'hésite. Je me lance. Je dois faire cours. Mes élèves ont besoin de moi. Le brevet est à la fin de l'année. J'ouvre ma porte de l'intérieur. Mes élèves sont ravis de faire cours. Ils me sourient. Je les aime malgré moi, malgré tout.
15h30. Pause. La machine à café est cassée. C'est la tragédie de la journée.
15h40. Retour en cours. Rien à signaler. Je fais mon boulot de prof. Ils font leur boulot d'élèves. Je les aime. Encore et toujours. Je suis maudite.
16h30. Accompagnement éducatif. Avec trois élèves de troisième, nous révisons les classes grammaticales et les fonctions. Ils en savent des choses. Un sentiment de fierté reprend le dessus. Les petits soucis de la journée ne sont que de vagues souvenirs. C'est pour eux que je me lève tous les matins. Et ça vaut bien quelques serrures bouchées.
17h30. "Au-revoir madame. Passez un bon week-end. Reposez-vous bien. - Au-revoir mes petits. Prenez soin de vous. Ne me laissez pas tomber lundi. C'est pour vous que je vis".
19h30. Je sirote une bière. Elle a le goût du week-end. Pause sur ma vie jusqu'à lundi.
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22.01.2009
Une semaine ordinaire
Lundi : Arrivée 9 heures. Je n'ai pas cours le lundi matin mais j'ai rendez-vous avec des parents. On me pose un lapin. Encore.
15h30. Départ de feu au troisième étage. Mes pieds jouent les extincteurs. Le soir, on apprend que des élèves ont sur eux des pistolets à billes. Une rumeur court : il s'agirait peut-être même d'un taser.
Mardi. Arrivée 8 heures. Rien à signaler.
Pause de 10 heures. Serrures bouchées. J'emprunte un compas. Je joue du crochet. L'objet du crime : des graines de tournesol. Je débouche. Pause de midi.
13h30. Serrures bouchées. Je garde mon calme. J'emprunte une épingle à nourrice. Graines de tournesol et gomme à mâcher. Je joue une nouvelle fois du crochet. Je débouche.
Pause de 15h30. Serrures bouchées. Un deux trois. Je respire. Je me félicite d'avoir eu l'excellente idée de conserver l'épingle à nourrice. Je joue du crochet. Je débouche.
Mardi soir. Réunion parents-profs. Seuls les parents d'élèves pertubateurs ou absentéistes ont été convoqués. Malheureusement la salle de réunion n'a pas été bouchée. J'apprends que je dois éduquer leurs enfants. Un deux trois je respire. J'écoute. Je souris. J'encaisse. j'apprends que dire à une élève "c'est l'hôpital qui se fout de la charité est une insulte". Je doute de mes capacités en langue française. L'enfant roi est roi. Le prof est par définition en tort. Quoiqu'il arrive. Mes chakras se bouchent. Mes oreilles aussi.
19h00. Arrivée à la maison. Je me venge sur une boîte de Pringles. Envie de bière. Pas de bière.
Mercredi matin. Pas cours. Le collège vit sans moi. Et je ne m'en porte pas plus mal.
Jeudi matin. Arrivée 8 heures. J'apprends que la veille un de mes collègues s'est fait agresser verbalement. "A poil machin. Machin t'es un sale schtroumpf. Je vais te faire la schtroumpf. Gros schtroumpf". Aucune réaction de l'administration. Les élèves concernés se promènent en toute impunité dans le collège. On les acclame déjà comme des héros.
10 heures. J'ai cours. Je sors ma fidèle épingle à nourrice. J'ôte délicatement la gomme à mâcher qui l'obstrue.
Pause de midi. On parle de mon collègue à la cantine. On désigne deux volontaires pour s'entretenir avec la principale. J'en suis. On exige le conseil de discipline. Elle rechigne. On menace. Elle explique que, de toute façon, Machin ne s'en sort avec aucune classe. On garde notre calme. Ceci ne justifie pas cela. On menace de débrayer. Encore. On la laisse réfléchir. On obtient le conseil.
13h30. Débouchage quotidien de serrures. Cours.
15h30. Pause. Retour en salle des profs. On apprend que des élèves on fait entrer un serpent (mort) en salle d'arts plastiques.
15h40. Retour en cours. J'ouvre ma porte... avec une clé. De temps en temps, ça arrive encore.
16h30. Fin de mon cours. Je reste pour travailler un peu dans ma salle. J'entends hurler au feu. Départ de feu dans les couloirs. Quelqu'un l'a éteint.
16h40. J'entends de nouveau des hurlements. On égorge quelqu'un. Ou alors on répète pour une pièce de théâtre, pièce retraçant la vie du collège. Non. C'est juste une collègue qui a du mal avec sa classe. C'est peu dire. Impossible de travailler. Je range mes affaires. J'interviens dans le cours de la dite collègue. je fais la morale. Les élèves ne bronchent pas. Ils sont en sixième. Intérieurement, je me demande comment des élèves si petits peuvent arriver à transformer une salle de cours en la décharge publique qui s'étend sous mes yeux : papiers de bonbons, feuilles déchirées, graines de tournesol (tiens tiens... y aurait-il un lien ?), crayons cassés, stylos machouillés, chaises retournées, tables renversées. Pire que dans le pire de mes pires cauchemars. Je laisse ma collègue, gérer ce qu'il reste à gérer..
18h30. Suis contente de rentrer à la maison. Je sirote une bière. J'oublie peu à peu les tumultes de ma vie professionnelle. Retour à la vie normale. Mais inconsciemment, j'imagine déjà de quoi sera fait demain. Incendie ? Passage à tabac d'un collègue ? Introduction d'armes à feu dans le collège ? Menaces de mort ? Usage de pitbulls pour intimider le prof ? et le pire... faire cours dans le calme, le luxe et la volupté.
18:48 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
09.01.2009
La provence sous la neige
Vivre et enseigner dans le sud a ses avantages. Nous sommes des privilégiés... Parfois, cependant, le climat n'est pas clément.
L'été, on a la chance de pouvoir travailler jusqu'en juillet. Mais parfois, les cours se terminent officieusement début mai, voire mi-avril quand le soleil est de bonne humeur. Les élèves, très indépendants et autonomes dans ces régions, savent que ce soleil de plomb pourrait nuire à leurs facultés intellectuelles. Ils troquent donc le cartable contre claquettes, casquettes et caleçon de bain et courent jusqu'à la plage la plus proche pour s'hydrater. La cour de récré déserte, décue de ne plus profiter des crachats et ordures de toutes sortes qui la jonchent habituellement, profite de ce repos de trois mois pour se refaire une santé. Les arbres, attristés par le fait de ne plus voir leurs branches mises à rude épreuve, arrachées, coupées, tordues, cassées, broyées, déploient leur feuillage, comme un appel au secours. Les oiseaux, les écureuils et autres chats errants sortent le nez de leur tanière, cherchant une âme généreuse, prête à leur jeter des pierres et à les torturer, bref à leur redonner le goût de la vie... Et les profs, ces pauvres êtres sans travail, sont désemparés : déçus de ne pouvoir enseigner, ils profitent de ce temps libre pour improviser des réunions pédagogiques, afin de mettre en place de nouvelles activités pour l'année scolaire à venir (jeux de cartes, trivial pursuit, pétanque)
L'hiver, on pourrait croire que nous sommes à l'abri, que nous avons la chance de pouvoir travailler, au frais, sans encombres... On se trompe, il est fréquent de nous voir obligés de rester à la maison, pour cause de météo capricieuse...
En effet, ici, on ne sait pas gérer la pluie. Et on gère encore moins bien la neige.
Le provençal, le vrai, se voit totalement paralysé quand devant chez lui s'etend un champ enneigé... de plus d'un centimètre d'épaisseur.
Le provençal n'est pas équipé pour affronter les grands froids. A zéro degré, il reste donc chez lui. Il est effrayé. S'il doit sortir, pour une urgence, il doit se parer pour affronter le grand froid : il enfile des bottes lunaires, accumule les épaisseurs de tissu, enfonce un bonnet sur sa tête, n'oublie pas le cache-oreilles, et surtout, sort les raquettes, achetées il y a quelques années, lors de vacances d'hiver passées à Praloup...
Mais pas question d'aller au travail. Même avec la meilleure volonté. Ce serait trop dangereux. Il ne sait plus conduire. Il ne peut pas se déplacer. Et puis, de toute façon, les routes sont bloquées. On a pu voir des provençaux courageux, et dotés d'une véritable conscience professionnelle, qui ont tenté de poser leurs roues sur le bitume... Mais à peine ont-ils parcouru un mètre qu'ils se sont retrouvés au milieu de la chaussée, se voyant aussitôt rejoints par d'autres téméraires collègues, et immobilisant ainsi toute une région.
Nous ne sommes décidément pas équipés pour affronter ce type d'intempéries... Mieux vaut rester prudents et chez soi... à faire de la luge, des batailles de boules de neige, des bonhommes de neige et parfois, quand le temps le permet, les soldes.
Mais faisons taire les mauvais esprits. Le provençal n'est ni flemmard, ni profiteur. Le provençal est un travailleur et si, par hasard, il rate une journée de travail, c'est parce qu'il n'a pas le choix...
On a d'ailleurs pu voir, il y a quelques jours encore, dans certains quartiers marseillais, de jeunes gens intrépides, tentant, par tous les moyens, snow-board, luge, ski, mini-ski, et au risque de leurs vies, d'accéder à leurs lieux de travail... La vidéo ci-dessous en est la preuve...
10:07 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : neige, blocages, pas d'école

