01.09.2009
La sixième rentrée
Routine bien huilée. Pré-rentrée sans surprise. Toujours les mêmes têtes, les mêmes doléances, la même envie de revoir les élèves, mêlée d'une certaine appréhension.
On découvre la liste de nos futures classes, on catégorise, on connaît tous les élèves, on est un ancien, un pilier. Quelques conseils donnés aux nouveaux : on sait qu'ils vont souffrir, comme les précédents, comme nous-même il y a quelques années.
Tout semble pourtant si loin. Les craintes du débutant ne sont qu'un vague souvenir. Il n'y a plus de peur à la lecture des noms de nos bambins. Une certaine tendresse l'a remplacée : "Tu verras celui-là, il est pénible mais je suis sûre que tu vas bien l'aimer." Malgré nous, on s'est attaché à ces minots des quartiers difficiles. On aimerait les prendre sous notre aile longtemps, toujours. Les mettre à l'abri de l'argent facile des cités, les empêcher, le plus longtemps possible, de perdre leur innocence. On les aime nos minots, même si on sait que, cette année encore, ils nous rendront fous de colère, nous feront enrager, pester, détester parfois notre métier.
On monte alors des projets, le coeur léger. On organise, on planifie, on pense à eux. On fait tout notre possible pour les pousser dans le droit chemin, celui qui ne passe pas par la case prison, celui sur lequel il est inutile de semer des cailloux blancs pour se retrouver, celui où chaque rencontre est bonne à prendre.
C'est ma sixième rentrée. Ma cinquième dans ce collège qui, il n'y a pas si longtemps, m'effrayait. Je me sens grandie, utile, investie d'une mission. Je me sens chez moi, à ma place. Je suis moi. Ici et nulle part ailleurs.
16:59 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rentrée


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