08.10.2009
Mais que se passe-t-il ?
Ce matin, réveil difficile. Sommeil peu réparateur. Il faut dire que quatre heures c'est très peu. Pas envie d'y aller mais la conscience professionnelle est un des plus grands fléaux de l'humanité. Mais la conscience professionnelle a aussi ses limites : cette limite s'appelle "être en retard"...
J'ai donc pris cette liberté.
...
En arrivant au parking, je simule un grand stress et cours en direction de la cour de récréation. Là, je croise ma principale :
Moi - (en lui serrant la main, l'air concerné) : Bonjour madame !
Elle - (avec autorité) : Vous avez cours ?
Moi - (dans ma tête) : Non non ! je fais mon footing matinal - (avec mon air désolé d'enseignante consciencieuse mais épuisée par tant de travail et d'investissement personnel, un léger souffle dans la voix) Oui ! et il faut que j'y aille d'ailleurs ! j'ai prévenu ! ils m'attendent ! (intérieurement) avec impatience...
Elle - (toujours désireuse d'asseoir son autorité sur le "personnel enseignant") : Dépêchez vous alors.
...
Un sourire imperceptible au coin des lèvres, je monte à la hâte (fausse hâte, vous m'aurez comprise...) les escaliers menant à la cour de récréation. Je m'imaginais déjà, courir à travers le collège pour retrouver mes élèves. Sont-ils en permanence ? Au CDI ? Dans ma salle ? Rentrés car on m'a annoncée absente ? Cachés peut-être ?
Et qu'aperçois-je au loin, assis sagement (et calmement) sur le muret de la cour : mes troisièmes. J'ose un signe de la main en leur direction, me disant que cela ne servirait à rien, qu'ils feraient comme s'ils ne m'avaient pas vue et que je devrais encore parcourir quelques difficiles mètres matinaux pour les récupérer...
Mais non ! ma main s'est à peine agitée qu'ils se sont tous levés, comme un seul homme, se sont gentiment rangés sous le préau et m'ont attendue.
Moi - (estomaquée, pensant finalement ne pas m'être réveillée et être encore au milieu d'un rêve) : Je suis bien dans le bon collège là ? Vous êtes bien les 3eB, je ne me trompe pas ?
Une élève - (pas tout à fait réveillée) : Pourquoi vous dites ça madame ?
Moi - (définitivement réveillée) : Pour rien ! Pour rien ! Allez, on monte en classe.
Mais je n'étais pas au bout de mes surprises ! Ces êtres monstrueux avaient méticuleusement préparé leur coup : ils sont montés jusqu'au troisième étage sans un bruit. On aurait dit qu'ils étaient tous devenus aphones et portaient tous des chaussons. Puis ils se sont rangés devant ma salle et m'ont attendue. Encore...
J'ai ouvert ma salle... Et par pur esprit de provocation, j'en suis certaine, Ils sont entrés sans un bruit. Ont sorti leurs affaires. Ont attendu que je leur demande de s'asseoir. Et se sont assis, calmement, sans faire ce bruit infernal des chaises qu'on traine sur le carrelage.
Dernière manigance de leur part : ils ont travaillé. Pire encore : ils ont TOUS fait leurs devoirs.
Moi (tentant de dissimuler ma stupéfaction et cherchant à les déstabiliser à mon tour) : Vous avez fait vos devoirs ? Pourtant je vous en avais donné beaucoup !
Une élève (fière) : Oui madame ! j'y ai passé mon mercredi avec P.
Un autre (faussement terrifié) : Oui madame ! On n'a pas envie d'avoir un mot dans nos carnets.
Moi : ...
...
Je vous le dis : il se prépare quelque chose de mauvais, mauvais. Préparons-nous ! la fin du monde est proche mes amis !
...
Petite nuance pour terminer tout de même sur une note positive : j'ai puni deux élèves aujourd'hui, ils n'écoutaient pas en cours, en ai exclu un, il se battait alors que ça avait sonné et qu'il devait être en rang, et ai fait copier une classe durant une heure, ils m'ont fatiguée avec leurs bavardages. Il reste donc encore de l'espoir : il reste encore des esprits libres !
20:19 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05.10.2009
A A A
Et voilà on l'a notre célébrité à nous : une petite gamine sans prétention de 11 ans a décroché le pompon !
Premier cas de grippe A attesté dans mon établissement ! il était temps ! on commençait à être jaloux nous !
Allez encore un petit effort, deux cas de plus dans la même classe et on ferme la classe !
Et si on met un peu du nôtre, on pourra peut-être même fermer le collège et se prendre une semaine supplémentaire de vacances.
J'aime les média : d'une petite grippette, ils font tout un plat, meilleur encore que les gâteaux de l'Aïd !
J'aime l'hiver : les microbes se repaissent de nos faiblesses. Les chagrins d'amour se transforment en gastro-entérites, le blues des feuilles mortes en extinction de voix - de voie parfois -, les petits bobos de l'âme en vilaine trachéite et la peur de tout en Grippe redoutablement A ! Un amour naissant devient parfois un méchant rhume, une envie d'enfant, une satanée toux. Et tout ça au printemps s'envole, se transforme en projets surprenants.
La vie est belle sous son masque médical !
21:12 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
02.10.2009
Le monde ne tourne plus rond
Rien ne va plus dans le doux univers édulcoré de l'éducation nationale ! Le monde tourne mal, le monde ne tourne plus rond.
Fini le temps où on renvoyait de cours un élève car il n'avait pas fait ses devoirs ! Aujourd'hui les élèves ont tous les droits : cracher sur leur prof, les insulter, les injurier, leur faire des doigts d'honneur, jeter des objets par les fenêtres de cours, courir en hurlant dans les couloirs, entrer dans les salles de cours et voler ce qu'il y a de "volable", ne pas aller en cours, passer leur journée dans la cour de récré, jouer aux cartes avec les surveillants... Aucune sanction ! Tout leur est dû ! Dans mon collège, l'enfant est roi et le prof n'a qu'un seul droit : se taire et encaisser.
A tel point que, ce matin encore, une collègue a été prise à partie par l'adjoint, devant tous les autres collègues. Celui-ci lui a en effet reproché de ne pas faire correctement son travail : il a vu des élèves jeter des objets par la fenêtre pendant son cours. La collègue, pour se défendre, a expliqué qu'elle était en train de gérer une bagarre qui s'était alors déclarée en plein milieu de son cours et qu'effectivement elle n'a pu voir les autres joyeux lurons profiter de l'opportunité qui leur était offerte pour tester les lois de la gravité... Mais l'adjoint a insisté, disant qu'elle devait gérer ses classes, quelle que soit la situtation, que c'était le minimum syndical... Bilan : les élèves perturbateurs n'ont pas été sanctionnés, les objets tombés du deuxième étage n'ont pu être sauvés, la collègue a été lapidée sur la place publique (la salle des profs en d'autres termes...) et, bientôt, peut-être, cette collègue passera-t-elle en conseil de discipline ... ! Allez savoir ! Tout est possible !
Tout est possible ? Effectivement. Voici une autre anecdote. Durant une semaine entière, un élève s'est fait passer pour un autre. Il s'est alors tout permis : insulte, rébellion, provocation... Comment se fait-il que personne n'ait pris conscience de la supercherie ? car dans mon collège, on peut librement circuler, sans carnet, sans papiers, parfois armés... Qu'est-il advenu de l'usurpateur ? On lui a rendu son identité et il est revenu en cours, fier, victorieux !
Dernière preuve d'une tout autre dimension. Ce matin, en fin d'heure de cours, mes élèves de sixième se sont mis à hurler de désespoir en entendant la sonnerie de la récréation. On aurait dit de jeunes chiots blessés ! Motif ? "Madame ! Le temps passe trop vite avec vous ! on veut encore faire de la conjugaison, on ne veut pas aller en récréation..." C'est sûr il se trame quelque chose... Nos bambins préparent un truc dans leur coin... ça sent mauvais mauvais...
Nostradamus avait-il raison ? La fin du monde serait-elle toute proche ?... J'en ai bien peur...
15:06 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
21.09.2009
Aid Mabrouk
Il y a des jours, parfois, où j'espère obtenir une mutation ailleurs... Là où les élèves écoutent attentivement, là où l'absentéisme n'est pas une philosophie, là où une heure de cours n'équivaut pas à une vie entière...
Il y a des jours où je rêve de cet établissement idéal, où chaque heure de cours existe comme un souffle, une caresse. Pas de punition, pas de perte de temps. Je rêve d'élèves qui arrivent en sixième en sachant lire, écrire, compter. Je rêve d'une classe de troisième pleine d'espoirs, d'ambition, de projets. Je rêve de collègues qui arrivent en salle des profs avec le sourire, qui ne maudissent pas les élèves, qui ne remettent pas en cause le système, qui aiment leur métier, tous, tout simplement.
Je rêve d'une école idéale...
Mais dans cette école, je n'y aurais pas ma place. Je n'y serais qu'un meuble, au milieu de tant d'autres. Un meuble posé là, sur une estrade, un meuble qu'on écouterait parler, un meuble qui donnerait des numéros d'exercices que l'on fera le soir venu, sans penser, sans rêver de liberté. Un meuble inutile, qu'on ne voit plus, qu'on n'a jamais vu...
Dans mon établissement idéal, les élèves n'auraient pas besoin de moi. Un livre les contenterait. Une émission télé les comblerait. Dans mon établissement idéal, ils sauraient grandir sans moi.
Dans mon établissement idéal, mes élèves ne me diraient pas, le matin, que je suis belle, malgré la mauvaise nuit passée. Dans mon établissement idéal, je n'aurais pas, tous les matins, la sensation de monter les marches à Cannes, photographiée du regard par une foule d'admirateurs en culotte courte. Dans mon établissement idéal, les parents ne me diraient pas merci, prenant pour acquis mon amour pour leur progéniture. Dans mon établissement idéal, je ne rirais pas aux éclats, en plein milieu d'un cours ! Dans mon établissement idéal, je ne verrais pas le visage de mes bambins, illuminé par la joie de m'apporter des gâteaux, par le fait de me faire partager un bout d'eux, un bout de leur tradition. Dans mon établissement idéal, je n'existerais pas.
Je ne veux pas vivre un idéal. Je veux vivre ma vie.
11:18 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
31.03.2009
Brèves d'école en vrac
Séance sur l'orientation avec ma classe de troisième :
L'élève, soucieux de son avenir :
"Madame, plus tard je veux être kamikaze. Je veux poser des bombes sous le mur des lamentations."
Moi, sidérée par tant de haine à 14 ans :
" Cette guerre n'est pas ta guerre, tu dois respecter les religions de chacun."
Il y a des jours comme ça où je me sens nulle...
Passage devant la salle de cours d'un de mes collègues. Bruit indescriptible. J'entre dans sa salle.
Le prof :
"Il m'a jeté une chaise à la figure."
Moi, sidérée par tant de haine à 11 ans :
"Machin ! ramasse cette chaise. Et viens dans ma classe. On règlera ça plus tard."
Il y a des jours comme ça où je n'aimerais pas être une chaise...
Visite au salon des métiers. Mes élèves ont tous un questionnaire à remplir. Une manière comme une autre de les intéresser à leur orientation. D'éviter d'en retrouver la moitié au bar d'en face. Et l'autre moitié à fomenter des plans kamikazes.
Une élève, essouflée et visiblement choquée, court dans ma direction :
"Madame, le type là-bas, il a dit que votre questionnaire était débile."
Moi, sidérée par tant d'incompétence de la part d'un adulte (le type en question étant un intervenant du salon) je m'adresse à l'intéressé :
"Vous avez dit que mon questionnaire était débile ?"
Lui, courageux mais pas téméraire :
"Non. C'est faux. C'est juste que je ne suis pas une machine à réponses."
Il y a des jours comme ça où moi aussi j'aimerais avoir le droit de jeter des chaises...
Lecture rapide de quelques rapports d'exclusion, rédigés dans la semaine :
En vrac :
"L'élève X a tiré les cheveux de sa prof. 2 jours d'exclusion."
"L'élève X a jeté une bombe à eau sur sa prof. 4 jours d'exclusion."
"L'élève X a apporté un Taser dans l'enceinte du collège. 3 jours d'exclusion"
"L'élève X a montré son sexe pendant le cours de français. 8 jours d'exclusion"
"L'élève X a traité son prof de sale "Pédé" et de sale juif. Sauvé au conseil de discipline."
Sidérée, j'en déduis :
"Le racisme, le sexe, la violence et l'homophobie sont presque aussi dangereux qu'une bombe à eau"
Il y a des jours comme ça où j'aimerais rester dans mon lit.
Bruits de couloirs.
Une classe de 4e annonce :
"Madame C. sera absente. Elle s'est battue en conseil de classe avec Madame B. Madame B. l'aurait violemment griffée au visage".
Madame B. (c'est-à-dire moi), sidérée par l'humour sans faille de mes élèves :
"..." J'ai juste éclaté de rire. C'est de loin la nouvelle la plus drôle de ce début de semaine.
Il y a des jours comme ça où la bonne humeur peut naître de la plus petite étincelle...
06:43 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
02.09.2008
Cinquième rentrée
Toujours les mêmes têtes. Le même bronzage. Les mêmes récits de vacances, confiés entre deux réunions. Les mêmes petites quiches au goût doux amer de septembre.
Personne n'a encore réellement pris conscience que c'était terminé, une fois de plus. Deux mois de vacances c'est beaucoup mais si peu. Certains ont encore les tongs aux pieds, la crème solaire dans un coin de leur sac, au cas où. On a, pour la plupart, laissé notre costume de prof au placard. On attend encore un peu. Histoire de prolonger l'illusion des vacances. On le sortira demain. Quand ce ne sera plus pour du beurre mais face aux élèves.
Toujours les mêmes qui s'impatientent durant le long discours moralisateur et politiquement bien pensant du principal. Un seul et même souci : les emplois du temps. Et ce seront les même que ceux de l'an dernier qui râleront : pas les bons jours de congés une honte de travailler le vendredi après-midi et pourquoi ce trou de deux heures le mardi matin j'avais pourtant demandé qu'on me libére les mercredis jeudis vendredis j'ai une famille moi c'était pourtant pas compliqué quatre heures de cours à la suite c'est un scandale je suis fonctionnaire de l'état moi madame comment ça je suis privilégié je n'ai eu que deux mois de vacances je vais me plaindre au SNES et ensuite à mon médecin...
Toutes les prérentrées se ressemblent. Et pourtant. Tous les ans ce sont les mêmes angoisses nocturnes qui pointent leur nez. Juste quelques semaines avant le jour fatidique. Les mêmes cauchemars. On rêve de chahut dans une classe. On se voit impuissant face à une marmaille bien décidée à être encore en vacances. On se pense incapable d'enseigner, que l'on ait un an, cinq ans ou trente ans d'expérience.
Le bronzage extérieur n'est qu'un leurre : à l'intérieur on sent déjà la déprime de décembre, le poids des cernes sous les yeux, la folle ronde des conseils de classe, des réunions parents profs, les heures de correction, les nuits blanches, les injustices, la violence, la satisfaction du travail bien fait.
Cette année encore j'ai toutes les raisons d'angoisser. Mon frigo déborde d'ailleurs, déjà, de toutes sortes de produits survitaminés, ma pharmacie regorge de pilules au magnésium, enrichies en fer, contre le mal de tête, anti-stress, calmantes, euphorisantes, pour les petites chutes de moral, les grands pics de blues, le manque d'énergie, pour les bonnes idées, le trop de bruit, le pas assez de participation...
Le CAPES ouvre bien des portes. Cette année en effet me voici propulsée au haut et digne rang de "Superflic-Professeur-Principal-Pro-de l'Orientation" d'une classe de troisième. C'est une sorte d'avancement, de prime au mérite sans mon accord.
Pour quelques euros de plus, j'aurai droit à un casier vomissant de paperasses administratives et d'informations sur l'orientation, à des nuits entières passées à décoder des sigles sibyllins comme BEP, CAP CFA, STI, STG, B2I, CIO, ONISEP, BTM, BMA, BP, MAIS OU ET DONC OR NI CAR...
Je goûterai aux joies de la recherche de stages.
J'aurai aussi un nouveau meilleur ami : le COP, un autre Superflic (comme son nom l'indique d'ailleurs) Conseiller d'Orientation Psychologue.
Le mois de juin sera enfin une succession de rebondissements enchanteurs au rythme de la douce musique des Dossiers d'Orientation.
Bref, voici encore un très beau cadeau que me font mes supérieurs hiérarchiques. Je n'en demandais pas tant. C'est trop d'honneur. Je remercie tout d'abord mes parents, sans qui je n'aurai jamais travaillé à l'école et grâce à qui je peux aujourd'hui prétendre au haut grade de fonctionnaire de l'état au sein de l'éducation nationale. Je remercie ensuite les bancs de la Fac, ma tutrice, les dirigeants de l'IUFM. Et enfin, une spéciale dédicace à Xavier. Je pense n'avoir oublié personne. Merci. Je vous laisse. Je suis attendue par un verre d'aspirine.
17:10 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
16.03.2008
Les orphelins de 16 heures... 6 mois après
Voici un mail, envoyé par le principal d'un collège classé ambition réussite, à propos du dispositif des "Orphelins de 16 heures"
Objet : UN PRINCIPAL DE COLLÈGE DÉSABUSE
Bonsoir,
J'occupe depuis cette rentrée la fonction de Principal d'un Collège dit "difficile", classé "Ambition Réussite". 82% des élèves sont issus de catégories socioprofessionnelles très défavorisées. Un Collège ghetto, avec ses problèmes quotidiens, et les problèmes de violence dans le quartier.
Je suis très fier d'avoir travaillé pendant plusieurs années à Meaux, puis dans la banlieue de Lyon pendant 4 ans, et aujourd'hui ailleurs dans le Rhône. Fier d'être fonctionnaire de la République, d'assumer cette mission de service public tant décriée.
Ce soir, ma fierté m'a abandonné. J'ai honte. J'ai surtout honte de devoir affronter le regard des professeurs, des surveillants, des partenaires extérieurs, des parents d'élèves et des élèves.
Vous vous souvenez tous de la promesse de notre président de la République pour ne pas laisser les "orphelins de 16 heures" à la rue ?
Vous vous souvenez des annonces de M. Darcos, Ministre de l'Education nationale, à propos de la mise en place de l'accompagnement éducatif, ce dispositif devant accueillir tous les collégiens de 16 heures à 18 heures ?
La circulaire a paru au journal officiel le 13 juillet 2007. Je l'ai découverte en détails au moment même où je prenais mes fonctions au Collège X fin août, comme tous mes autres collègues Principaux de Collèges en Education prioritaire (près de 1500 Collèges dans toute la France).
Je me suis mis en quatre pour mettre en place ce dispositif, car je suis un fonctionnaire responsable. J'ai mis mes opinions de citoyen dans ma poche, et j'ai tout fait pour que ce dispositif soit un succès.
Je rappelle à tous que cet accompagnement éducatif devait concerner les élèves volontaires, encadrés par des enseignants volontaires.
Sur 365 élèves, j'ai réussi à en convaincre 225: 61,5 % de l'effectif total. La moyenne dans le Rhône tourne autour de 28 %.
Sur 47 enseignants, j'en ai convaincu 29. Je suis allé solliciter la MJC du quartier pour mettre en place un atelier de danse urbaine. J'ai sollicité le Centre social pour mettre conjointement en place l'aide aux devoirs, 3 fois par semaine. 100 % des élèves de 6ème étaient inscrits à cette dernière action. J'ai sollicité une compagnie artistique pour mettre en place un atelier d'écriture. Les professeurs ont ensuite proposé un atelier de sciences physiques, un club journal des collégiens, une activité escalade, trois groupes de soutien en mathématiques, deux groupes de soutien en français. J'étais en pourparlers avec un club d'échecs et un autre de rugby pour enrichir l'offre.
J'ai même réussi à débaucher un danseur de la maison de la danse, qui vient de partir pour le cirque du soleil à Las Vegas....
Tout cela a bien sûr un coût. Vous vous en doutez.
L'Inspection académique et le Rectorat nous ont transmis courant octobre 2007 une enveloppe d'heures pour les professeurs et les intervenants extérieurs (pour ces derniers, ces heures devaient être transformées en vacations, payées 15 € de l'heure).
Je disposais de 1476 heures. C'est à partir de cette enveloppe que je n'avais pas demandé que j'ai construit mon offre. J'ai informé les parents d'élèves, et le 12 novembre, les actions se sont mises en place. L'aide aux devoirs avait commencé dès le 20 septembre. Les élèves étaient pour la plupart d'entre eux très heureux.
Début décembre, j'ai mis en paiement auprès du Rectorat les heures effectuées en septembre, octobre et novembre : 398 heures.
Cet après-midi, mardi 29 janvier 2008, réunion officielle à l'Inspection académique. L'inspecteur d'Académie préside la réunion, flanqué de ses deux adjoints et de deux chefs de service. Configuration inhabituelle. Curiosité puis inquiétude.
L'Inspecteur d'Académie ne le dit pas explicitement, car nous sommes tous soumis au même devoir de réserve. "Le dispositif n'est pas supprimé, mais on a réduit la voilure". On a seulement supprimé les heures pour le faire fonctionner. Au lieu des 1476 heures, je n'en ai plus que 397 pour terminer l'année scolaire. Cela vient directement du Ministère. C'est identique dans toutes les Académies, l'Inspecteur d'Académie nous l'a confirmé, comme s'il voulait nous consoler. Tous mes collègues sont dans la même stupeur (40 Principaux de Collège abasourdis).
J'ai dépensé 1 heure de plus que ce à quoi j'ai droit. Et les heures effectuées en décembre et en janvier ne sont pour l'instant pas honorées (j'ai compté 221 heures pour ces 2 mois). Je n'en ai plus les moyens. C'est noble le bénévolat, mais, là, on atteint des limites...
Concrètement, dès lundi prochain, 4 février 2008, toutes les actions décrites ci-dessus s'arrêteront, faute de moyens. Je ne vous fais pas de dessin.
Oui, j'ai honte ce soir. Honte pour les élèves. Honte pour les parents d'élèves. Honte pour les profs. Honte pour les partenaires extérieurs. Je ne sais toujours pas comment je vais leur annoncer la chose.
Merci M. Sarkozy pour vos promesses péremptoires. Merci M. Darcos pour avoir démontré la crédibilité du système éducatif français.
Bonsoir les amis, vive la République.
19:54 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : orphelins de 16 heures, président
26.11.2007
Inspection
Depuis 3 semaines, c'est la grande vague des inspections. A croire que le changement de direction y est pour quelque chose. Toutes les matières (ou presque) ont été atteintes par ce "fléau académique".
Je pensais y échapper cette année, ayant été inspectée il y a deux ans... Que nenni !! Toute l'équipe lettres sera inspectée cette semaine... et je n'y échappe pas ! Ma dernière heure sonnera vendredi après-midi. Avec mes sixièmes. Séquence poésie. Séance de lecture et d'écriture. Certainement de torture.
J'ai peur...
Je n'ai rien d'autre à ajouter.
Merci de votre attention.
19:30 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
16.11.2007
Tu ne les sauveras pas tous
Bagarres dans les couloirs. Crachats. Jurons. Insultes. Manque de respect. Jets de projectiles sur les profs. Dédain. Et au milieu de tout cela il y a ceux qui veulent réussir, s'en sortir. Ne pas devenir des stéréotypes. Faire taire ceux qui les méprisent.
De mon bureau, je les regarde avec peine. Ils travaillent. Ils se creusent la tête. Ils rêvent tout haut d'un avenir qui rendrait fiers leurs parents. Et les autres s'agitent. Bavardent. Rient d'un rire gras au moindre mot inconnu. S'enferment dans une tragique destinée : "De toute façon madame, tout le monde s'en fout de nous." On leur a dit tant de fois qu'ils n'étaient bons qu'à guetter en bas de leurs tours, qu'ils ont fini par le croire.
Et je suis impuissante face à cela. J'essaie pourtant. Mais le mal est fait. Je ne pourrai pas tous les sauver. Je ne suis qu'un être humain. La pédagogie différenciée n'est qu'un gros mot de théoricien qui ne connaît de l'école que la définition lue dans son encyclopédie.
18:25 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
19.10.2007
Solidarité
Hier c'était jour de grève. Il y avait plus de profs que d'élèves... Pourtant, pas de grève des bus, et les élèves ne viennent pas en TGV. Une seule explication : c'est beau la solidarité !
Enigme :
Pourquoi une classe de 10 élèves fait-elle autant de bruit qu'une classe de 25 ?
06:48 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

