26.05.2008
Bravo collègue !
Qui aurait pu penser que Cannes, malgré ses strass, ses paillettes, sa superficialité, ses étalages impudiques de richesses, récompenserait L'éducation Nationale, avec Entre les Murs ?
Voilà une palme d'or qui tombe à pic, à l'heure où on crache sur les profs, où on rêve d'une école à deux vitesses, où on confond qualité de l'enseignement et économies ministérielles !
Merci cher collègue de français de nous avoir permis, quelques instants seulement, de goûter aux feux des projecteurs et de croire, encore un peu, en l'avenir d'une école juste et humaine !
19:54 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : cannes, bégaudeau, entre les murs, palme d'or, zep
23.04.2008
Partir
Quand la tête ne fonctionne plus, le corps fout le camp...
Nouvelle direction. Le collège explose. Départs de feux. Violences verbales. Physiques certains jours. Sentiment d'impunité. Réunion de jeunes profs encore motivés pour trouver une solution. Mustisme administratif. Découragement général.
Et le temps passe.
Et ça hurle dans les couloirs. Les surveillants se font insulter à longueur de journée. Mais là-haut, derrière son hublot, le capitaine du navire ne dit rien. Iceberg droit devant. Plus personne à la barre. On va se le prendre. En pleine face. Tôt ou tard.
Et moi, j'aimerais parfois faire comme les rats... quitter le navire.
19:56 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : incompétence, éducation nationale
23.02.2008
Vous avez un nouveau message
Voici le message du... *répondeur scolaire*
(message déposé dans ma boîte e-mail, un tantinet grinçant, mais de temps en temps ça ne fait pas de mal)
" Bonjour et Bienvenue dans l'école de votre enfant. Dans le but de mieux répondre à vos besoins et de vous permettre de parler à la bonne personne, veuillez écouter le menu suivant avant de faire votre sélection :
- Pour vous plaindre de la cantine, *faites le 1*.
- Pour vous plaindre du transport scolaire, *faites le 2*.
- Pour justifier l'absence de votre enfant, *faites le 3*.
- Pour excuser le fait que votre enfant n'a pas fait ses devoirs, *faites le 4*.
- Pour vous plaindre de ce que nous faisons, *faites le 5*.
- Pour vous plaindre de ce que nous ne faisons pas, *faites le 6*.
- Pour demander la démission d'un ou de plusieurs enseignant(s), * faites le 7*.
- Pour demander que votre enfant change d'enseignant pour la 3ème fois cette année, *faites le 8*.
- Pour demander pourquoi vous n'avez pas reçu les documents qui étaient déjà inclus dans votre lettre de convocation ainsi que dans les précédents bulletins de compétences qui vous ont été postés, *faites le 9*.
- Si vous voulez que nous élevions votre enfant à votre place ou à la place de votre téléviseur, *faites le 0*.
- Si vous réalisez que vous êtes dans le vrai monde, et que votre enfant doit être responsable de ses actions, de ses devoirs en classe et à la maison, et que ce n'est pas la faute de l'enseignant de votre enfant s'il ne fournit pas d'effort, alors...
... Vous pouvez raccrocher !
Passez une belle journée et à bientôt !"
13:45 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : prof, parents, enfant roi, éducation nationale, message
17.02.2008
Note ton prof !
Parole de gouvernant est parole d'évangile.
Pour preuve : à peine l'annonce faite sur le projet de notation des professeurs par leurs élèves, que germent déjà sur le net des sites répondant aux doux noms suivants : jenotemonprof.com/, note2be.com/, adoetplus.exprimetoi.net/ etc.
Tu es un collégien ? Tes profs t'énervent ? Tu veux enfin prendre le pouvoir ? Ton prof d'histoire a mauvaise haleine et tu trouves ça inadmissible ? Ta que des zéro en fransais et tu c'est que tou sa C parsque ta prof t'M pas ? Tu en as marre d'avoir des heures de colles parce que tu n'as pas fait tes devoirs d'anglais ? Tu n'aimes pas les sciences ? Tu rêves d'une école à la carte ? Va sur Google, tape les mots : "je note mon prof" et tous tes rêves se réaliseront. Enfin, ce monde injuste où les adultes font leur loi changera ! Enfin, tu seras le roi !
Déjà, en masse, nos bamins ont répondu présents à ce nouveau dispositif pédagogique.
Madame Machin, du lycée Jean Giono à Pétaouchnoque, est d'ailleurs, en quelques semaines, devenue première de sa promo. Elle a eu 20/20 et les félicitations du jury. Sur quels critères ? Pour quelles raisons ? On ne sait pas. Peu importe. Si elle a eu 20/20, c'est qu'elle le mérite non ? comme chacun le sait, un être humain d'une dizaine d'années est tout à fait capable, et en droit, de juger des capacités d'enseignement de madame Machin ! Et puis pensez à cette pauvre Madame Machin. Elle n'a fait que cinq ans d'études. Elle a, soit, passé un concours d'Etat, mais n'importe qui serait capable de le décrocher, ce concours ! Madame Machin a donc besoin d'être soutenue par ses élèves, entendue, aimée. C'est là sa médaille ! C'est un honneur pour elle de voir ses compétences pédagogiques en mini jupe récompensées par le regard professionnel de ses élèves.
Et si par hasard, un jour, Monsieur Duchmolle, son collègue, recevait, sur son bulletin trimestriel, un 0/20 et si, toujours par hasard, il perdait aussitôt quelques échelons (malgré le fait que Monsieur Duchmolle oeuvre depuis 15 ans déjà dans un des établissements les plus durs de sa région, sans broncher, toujours avec le même sourire et la même envie qu'à ses jeunes débuts balbutiants) Monsieur Duchmolle la mériterait alors, sa note ! Un jeune lycéen juge certainement, quelque part, et en totale objectivité, que Monsieur Duchmolle est un incompétent, qu'il n'est pas fait pour ce métier. Et il aimerait le dire. Et il souhaiterait que la vérité éclate au grand jour. Il peut d'ailleurs le prouver : depuis qu'il a Monsieur Duchmolle, ce jeune lycéen n'a plus la moyenne en mathématiques et cela n'a rien à voir avec le fait que ses parents l'autorisent récemment à sortir le soir. Ce jeune lycéen, encore en toute objectivité, lui préfère largement Madame Machin, qui de toute façon a un bien plus joli sourire et qui met de bien meilleures notes. Il faut donc réparer ce préjudice ! Et rapidement !
Vivement la création de sites comme :
"JeNoteMonFacteur.com" ou bien "ChoisisTonDocteur.fr" ou encore "EvalueTaCaissière.org".
22:30 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : notes, profs, élèves, pétition, note2be
24.01.2008
Rituel
Mon cher Ministre, face à la mobilisation massive de mes collègues dans la rue, a qualifié ce mouvement de protestation de "rituel". Comme si, Le prof avait besoin de sa petite grève mensuelle pour se sentir vivant et à l'aise dans sa peau d'enseignant surpayé...
Quel plaisir en effet que de faire grève : l'odeur des corps en mouvement, le bruit du macadam sous les semelles, le son d'un mégaphone délabré, le retentissement des chants de guerre, le rire étouffé des passants ("encore eux ! z'ont que ça à f..."). Ce petit plaisir, est accessible à tous pour la modique somme de 70 euros... On ne se prive d'aucun bonheur quand on est prof.
Toute excuse est bonne pour sortir dans la rue Monsieur le Ministre : un salaire de 1500 euros validant nos 6 ans d'étude, des classes surchargées en zone sensible, des suppressions de poste, des manque de moyens pour le dispositif Ambition Echec Réussite. Bref, Le prof sort dans la rue pour ne revendiquer que des choses sans importance !Finalement, ce n'est qu'un rituel. Il avait raison. Le prof est un animal ritualisé, que plus personne n'écoute. Sa place dans la société est si peu importante : il ne sert qu'à former de futurs citoyens, à leur apprendre à utliser les mots pour lutter, non des allumettes et des bidons d'essence...
Quoiqu'il en soit, celle-ci non plus je ne la ferai pas. Mon banquier le prendrait très mal...
09:00 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : grèves, profs, école, échec scolaire
01.01.2008
Bonne année
On ne peut pas être enseignant au hasard. On ne peut pas être un bon prof sans en avoir la vocation. Toutes les connaissances du monde, tout le savoir encyclopédique ne suffisent pas. Cela va bien au-delà.
Je ne sais pas si je suis un bon prof. Je ne sais même pas ce qu'est "être un bon prof". Tout ce que je sais c'est que je SUIS prof, dans ma chair, dans mon sang, dans mon âme. Je dors prof, je mange prof, j'aime prof. Je ne saurais pas définir mon métier : il est moi, je suis lui. Parce que c'était lui, parce que c'était moi. Ce n'est pas un gagne-pain, ce n'est pas non plus un faire-valoir, c'est juste une évidence.
Quand j'étais encore étudiante, je savais que je ne saurais exercer autre chose que cet unique métier : les perspectives d'avenir pouvaient donc sembler limitées mais pour moi elles étaient infinies. Evidemment, l'année du CAPES je ne m'imaginais pas enseigner dans les quartiers difficiles. Cela me faisait peur, cela semblait si loin de moi. Ce monde-là, je le voyais violent, dur, insensible, inculte, ingrat, étranger.
Mais j'ai cru en ma bonne étoile : j'ai passé le concours avec dans l'idée d'enseigner comme ces profs qui avaient été mes modèles quand j'étais encore lycéenne... Enseigner à un public muet et discipliné, dans l'attente béate de la connaissance et du savoir... comme je l'apprendrais, quelques années plus tard, sur les bancs de l'IUFM.
J'ai eu le concours. J'ai été affecté, lors de l'année de stage, dans un collège idéal. Ma bonne étoile ne m'avait pas laissé tomber. Sans surprise aucune, j'ai été validée en juin par l'inspection académique. Je suis devenue prof sur le papier.
Et puis horreur ! Première affectation dans un des collèges les plus difficiles de ma ville. Pleurer, pester contre ma bonne étoile, regretter mes choix, avoir des remords, n'a rien changé. En septembre 2004, ma vie allait être bouleversée. Mais pas dans le sens attendu.
Trois ans et un trimestre ont passé depuis.
Je ne regrette plus rien. Ni d'avoir choisi d'enseigner, ni d'avoir été propulsée dans ce que certains nomment à tort "la jungle urbaine". C'est ici et maintenant que je suis une vraie prof. C'est aux contacts de ces gamins en demande de repères, qui n'ont connu pour la plupart que les cris et les coups comme contacts avec le monde adulte, que je suis devenue MOI. Je ne pense plus du tout à mes "petites chaises disciplinées" de mon premier collège. Je ne les regrette pas. Elles ne m'ont rien apporté et je ne leur ai rien apporté.
Chaque matin, je me lève, sans peur, sans appréhension. Et je sais que la journée sera pleine de rebondissements, de surprises. Et que ce ne sera pas toujours facile. Et je sais qu'à 20 heures, je rentrerai chez moi, parfois fatiguée, parfois même découragée, mais avec toujours au fond du coeur cette hargne, cette envie, cet amour, ce bonheur d'exercer un pareil métier. Je sers à quelque chose, je ne vis pas dans l'inutile et le superflu. Je suis quelqu'un, pour EUX, mes bambins. Et ça suffit à me rendre heureuse. Et c'est cette même hargne, que j'ai là, tapie au fond de l'âme, qui les fera grandir, EUX, qui les fera à leur tour devenir quelqu'un.
Il est très difficile de parler de mon métier. C'est quelque chose de très intime, de différent suivant chaque personnalité. Je n'enseigne comme aucun de mes collègues, aucun de mes collègues n'enseigne comme un autre. Mais on a tous en nous, et on l'aura jusqu'au dernier souffle, cette petite voix qui déjà tout petit nous chuchotait : "ils ont besoin de toi et tu as besoin d'eux, alors n'hésite pas, va au front ! Et bats-toi."
00:05 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note
22.10.2007
Panne d'oreiller
Il y a des matins comme ça, où l'on peste contre notre bonne santé. Si seulement on pouvait s'accorder une journée illégitime sur l'oreiller, bien au chaud, à penser à ceux qui bossent, à l'abri des intempéries pédagogiques.
Malheureusement, on a été, pour la plupart, d'anciens bons élèves. Et les mauvaises habitudes ne se perdent pas si facilement.
Soupirs... Plus qu'une semaine.
07:35 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
02.10.2007
Discrimination
Un extrait, d'actualité, d'une série décapante québécoise, découverte sur le cable, Pure Laine :
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24.09.2007
Sans un bruit
Mon enfance a ôté, pour toujours, son masque blanc. Innocente créature, elle aimerait rester encore un peu. Juste une seconde. Le temps d'un souffle. L'espace d'un soupir. Une dernière fois. Mimer les grands sans prendre de risque. Vivre.
Mais le spectacle est terminé. Le rideau est définitivement fermé. Le clown doit se démaquiller. Un dernier entrechat. Quitter la scène. Et épouser l'âge des grandes responsabilités. Plus jamais, il ne revêtira ses habits d'apparat. Ils sont à présent bien rangés, au fond d'une armoire de souvenirs, scellée, condamnée.
Il ne reste plus rien.
Pas un geste. Elle est partie. Trop vite, trop tôt. Elle m'a quittée. Sans dire un mot. Elle n'a laissé qu'un immense silence. Un étrange non-dit. Comme une impression d'inachevé. Sur la pointe des pieds.
Le mime Marceau l'a emportée avec lui.
20:20 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
14.09.2007
La vie continue
Jacques Martin est mort,
Mon enfance s'étiole,
Et mes élèves ont faim.
19:30 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : jacques martin, école, ramadan

