« 2007-09 | Page d'accueil
| 2007-11 »
22.10.2007
Panne d'oreiller
Il y a des matins comme ça, où l'on peste contre notre bonne santé. Si seulement on pouvait s'accorder une journée illégitime sur l'oreiller, bien au chaud, à penser à ceux qui bossent, à l'abri des intempéries pédagogiques.
Malheureusement, on a été, pour la plupart, d'anciens bons élèves. Et les mauvaises habitudes ne se perdent pas si facilement.
Soupirs... Plus qu'une semaine.
07:35 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
19.10.2007
Solidarité
Hier c'était jour de grève. Il y avait plus de profs que d'élèves... Pourtant, pas de grève des bus, et les élèves ne viennent pas en TGV. Une seule explication : c'est beau la solidarité !
Enigme :
Pourquoi une classe de 10 élèves fait-elle autant de bruit qu'une classe de 25 ?
06:48 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
15.10.2007
Mauvais prof
Une seule réflexion, un seul mot, un seul regard peuvent bouleverser une journée entière et remettre en question toute une existence.
M. n'a pas réussi son contrôle. M. est pourtant brillante. Mais M. est aussi bavarde. Il est donc difficile de supporter M., malgré son "bon niveau".
Quand M. a vu sa note catastrophique, elle m'a regardée, de ce regard froid et noir, assuré et accusateur. Droite, fière, elle m'a lancée :
"Normal que j'ai eu une mauvaise note, vous nous interrogez sur des choses qu'on a jamais vues en cours."
Pourtant, on en a passé du temps. J'en ai gaspillé de l'encre et de la salive. J'en ai usé des craies. J'ai ressassé, répété. Mais, pendant ce temps M. bavardait. On a fait des exercices, étudié des textes. Mais M. rêvait. On a révisé, reformulé. Mais M. racontait son week-end.
Et aujourd'hui, je n'ai pas su contrôler ma rage. Je n'ai pas su ravaler ma fierté. Me dire qu'elle n'est qu'une adolescente, que je suis une adulte, que je dois passer l'éponge, que je ne dois ressentir aucune animosité. Qu'elle ne le pense pas. Elle ne sait pas ce qu'elle fait. Mais voilà, je me suis sentie blessée, humiliée, atteinte au plus profond de mon intimité. J'ai vu, dans ces mots, une image de moi-même salie, déshonorée, calomniée. J'ai éprouvé, même de la honte. Je n'avais plus d'estime pour même.
Et si j'étais une mauvaise prof finalement ? Et si elle avait raison ? Et si tout était de ma faute ? Et si je n'avais pas choisi le bon métier.
La culpabilité a envahi chacun de mes sens, a pénétré chacun de mes pores. Mon cerveau reptilien n'a pas supporté l'impact. Mon ego n'a pas su encaisser. Alors j'ai hurlé. J'ai vidé mon fiel. J'ai assassiné mon élève de mots durs. Je l'ai enrobée de ma colère. Je l'ai couverte de critiques. Je l'ai attaquée, humiliée. Je devais sauver ma peau. Coûte que coûte, il me fallait cracher cette honte. Retrouver ma fierté. Etre rassurée. Elle est devenue ma proie. Victime de mon amertume. Elle est devenue la cause de toutes mes souffrances. Elle a pris pour tous ceux qui ne comprennent rien à notre métier. Je ne la voyais plus, je les voyais, eux : nos accusateurs, ceux qui savent tout sans n'avoir jamais rien vu. Alors j'ai craché mon venin. J'ai expulsé ma haine. J'ai sauvé ma peau. Comme j'ai pu.
Pendant des minutes, qui m'ont paru des heures, j'ai hurlé.
Sur le coup ça m'a fait du bien. Puis elle est revenue, la culpabilité. Plus grande encore, plus forte, plus envahissante. Je n'aurais pas dû agir ainsi. J'aurais dû laisser glisser. Couler. Comprendre que ces attaques finalement ne m'étaient pas adressées. J'aurais dû. Je n'ai pas su. Mon ego a parlé avant ma raison.
Je ne veux pas être une mauvaise prof. Ils méritent mieux.
...
Mais il y a une justice. Elle a été vengée. J'ai purgé ma peine, en Tantale des temps modernes. Toute la journée, les bons gâteaux de l'aïd ont trôné, perfides, en salle des profs. Mes élèves, aussi, m'en ont offert des assiettes entières. Débordant de miel, de sucres, de graisse. Respirant de gourmandise. Mais je suis au régime. Je n'ai pas le droit d'y toucher. J'ai dû les regarder... et seulement les imaginer.
...
Sans rancune.
19:35 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (90) | Envoyer cette note
09.10.2007
Un poil de trop dans la main
Une fin de cours avec des troisièmes. Tout va bien. Un calme serein. Une ambiance de travail. Une heure agréable. Rien à signaler. Un jeune homme, perturbateur sous tout rapport, m'interpelle alors que je m'apprête à faire entrer la classe suivante.
"Madame, demandez à S. de vous montrer sa main !"
Aujourd'hui, ce jeune homme semble avoir quelque chose de sérieux à me dire. Je le connais bien. Sa voix résonne de manière trop adulte. L'affaire est grave. Il veut s'en débarrasser. Comme d'un poids terrible à ôter de sa pesante conscience. Je m'exécute alors aussitôt :
" - S. montre moi ta main..."
S., nonchalante et le visage tout sourire, comme à son habitude, exhibe fièrement l'intimité de sa main gauche.
" Ben quoi madaaame, c'est quoi le problème ?"
L'objet du délit me nargue. D'un air goguenard. Persifleur. Il me défie. Il est là le signe. La bête impudique. Le monstre ordurier. Le Mal. Rouge. Enorme. Obscène. Prenant toute la place sur cette peau encore fraîche d'enfance. Il se moque. Il a vu mes yeux s'assombrir. Il a vu mon visage blémir. Il a senti mes phalanges blanchir. Il a perçu le rythme croissant de mon coeur. Il a détecté les mouvements de mon âme, ne sachant choisir entre colère et tristesse.
"Tu as une croix gammée dessinée dans la paume de ta main, S. "
Le ton de ma voix est anormalement calme. Plus doux que jamais. C'est très mauvais signe.
Mais S. ne semble pas s'apercevoir que derrière la mer calme de mes yeux s'annonce un ouragan ravageur.
"Ben quoi ? je trouve ça joli..."
Ma voix devient alors chuchotement. Une mouche, même, devrait cesser de voler pour pouvoir m'entendre.
"On ne t'a jamais dit de ne pas dessiner des symboles dont tu ne connais pas le sens ?
- Ben non madaaaame, c'est quoi le sens ?"
Grande respiration. Compter jusqu'à vingt le plus rapidement possible. Ne pas réagir à son air naïf. Frapper de toutes mes forces dans un putching ball imaginaire. M'empêcher de hurler. Méditer en pensée. Chercher au fond de moi la tolérance, la compréhension, la philanthropie qui ont fait de moi, il y a quelques années, une pédagogue pleine d'espoir pour la génération future. Repousser, au plus loin, l'envie de mettre en marche mon cerveau reptilien. Puis parler. D'une voix pleine de miel et de douceur.
"S., tu sais ce qu'on va faire ? Tu vas me trouver le sens toute seule. Tu es assez grande après tout pour mutiler ton corps, tu peux donc faire de toutes petites recherches sur le sujet. Bien sûr, je veux être tenue au courant. Et lundi matin, tu m'apporteras tout ça et tu me diras ce que tu penses de cette croix que tu trouves si jolie.
- Ben madaaaame, c'est pas ma faute si...
- Chut... je préférais encore quand c'était un poil que tu avais dans la main. Alors fais ce que je t'ai demandé. On en reparlera Merci S.. Va en cours maintenant."
S. s'en va. Pour le moment, elle ne sait pas. C'est nuit et brouillard dans sa jeune âme. J'espère qu'elle comprendra, seule. Que je n'aurais pas à lui raconter les horreurs qui se tapissent au fond de sa main. Comme un tatouage prêt à prendre vie et à bondir pour dévorer son esprit trompé par les brumes fascinantes de l'interdit et du mal.
J'ai failli à ma tâche. J'ai honte. Je n'ai pas pu lui dire. J'avais peur de sa réponse... elle savait peut-être...
19:40 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
02.10.2007
Discrimination
Un extrait, d'actualité, d'une série décapante québécoise, découverte sur le cable, Pure Laine :
06:45 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

