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Prof ! c'est le pied

  • Sauvez l'école de la République !

    Mesdames  et Messieurs de tout bord politique, Mesdames et Messieurs journalistes, parents d'élèves, enseignants, que pouvons nous faire pour faire entendre raison à Madame La Ministre de l'Éducation.

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  • J'ai essayé d'être Charlie

    Je suis Charlie... Un peu trop tard.

     

    Voilà trois jours que mon âme tourne en boucle. Voilà trois jours que j'ai mal à ma France.

    Mon enfance, mes espoirs, ma foi en l'être humain, ont été décapités, fusillés, dans la salle de conférence du journal que mon grand-père affectionnait tant. Un journal d'humour, d'amour, de gaulois irrévérencieux.

    Voilà trois jours que mon coeur est partagé entre rage et tristesse. Entre colère et désespoir.

     

    Je n'ai pas su trouver les mots jeudi, face à mes élèves. On m'a demandé de faire une minute de silence avec eux. Je n'ai pas pu. J'ai eu peur.

    Peur de leurs réactions. Peur de devoir affronter la haine en culotte courte. Peur des amalgames. 

    Je n'ai pas su. Je n'ai pas pu.

    Je n'ai pas les armes. On ne m'a pas appris à partager ma tristesse en salle de cours, à rester professionnelle face à ma propre rage. Aucun livre n'explique comment dire aux générations futures "plus jamais". L'horreur m'a rendue muette, impuissante,incompétente.

     

    Je n'ai pas su garder le silence face à l'indicible. Alors on a parlé et mes craintes sont devenues réalité.

    Chacun y est allé de son "Ils l'ont bien cherché, madame !". "Mais, madame ! Ça ne se fait pas de caricaturer le prophète". "Vous avez vu, madame . A Toulouse ils ont brûlé le Coran hier soir. C'est normal ça ?". Certains avaient même le sourire. D'autres, les plus blonds d'entre eux, n'ont rien dit. Le silence tue. Le silence nourrit l'extrémisme.

    J'ai essayé de calmer leur colère, d'ouvrir leurs yeux fermement clos depuis des années par les mensonges des écrans, les discours de haine de ceux qui disent les comprendre. Je leur ai expliqué qui était ce Charlie que tout le monde pleurait depuis mercredi matin. J'ai essayé, dans un brouhaha de colère, de leur expliquer que c'était à eux, aujourd'hui, de faire que La France, mon pays, leur pays, devienne une nation de tolérance. J'ai tenté de leur faire entendre qu'ils devaient exercer, chaque seconde, leur esprit critique, se méfier de la parole évangélique des écrans. J'ai maladroitement évoqué la liberté d'expression.

    Je me suis entendue parler d'amour, de liberté, d'égalité, de fraternité. Je me suis vue me débattre dans la construction d'un discours moralisateur pompeux. Je me suis vue, incompétente, face à mon tableau. Je n'ai pas su citer Voltaire, Rousseau. Je n'ai pas su rester professionnelle.

    Mercredi 7 janvier 2015 j'ai perdu tous mes repères.

    Et ce matin encore, je ne trouve pas les mots. Face à mon clavier, j'ai la sensation de ne plus savoir exprimer en ma langue ce que mon coeur aimerait hurler. Déficit de vocabulaire. Pauvreté de ma foi. Mutisme de mon âme. Chaos.

    Je n'ai que quatre mots en tête depuis trois jours "Ils ont tué Cabu".

  • Lettre à Monsieur Benzema

    Monsieur Benzema,

    Votre réaction m'a proprement scandalisée. Je suis glacée d'effroi, lorsque je vous entends dire que vous n'êtes pas français et que votre pays est ailleurs. Je suis révoltée lorsque je vous entends nous expliquer que vous jouez en équipe nationale pour le sport, non pour la patrie. Je suis indignée lorsque je lis l'irrespect sur votre visage, dès les premières notes de notre hymne.

    Où avez-vous grandi, Monsieur ? Qui vous a appris à lire, à écrire, à compter, à rêver ?

    Vous êtes un ingrat, Monsieur Benzema. Mais surtout, vous êtes un irresponsable, car vos paroles emportent avec elle, sur le terrain de la haine, une génération de gamins qui vous adulent. Vous avez craché sur cette génération comme vous venez de cracher sur le drapeau.

    Cela fait des années que je m'acharne pour faire entendre à mes bambins qu'ils sont français et qu'ils doivent le revendiquer. Qu'ils doivent montrer chaque jour, à ceux qui veulent leur faire entendre le contraire, qu'ils ont le droit de fouler le sol français.

    Le métissage est beau, Monsieur Benzema. Le métissage est la France, et cela depuis toujours, quoiqu'en disent certains, revendiquant un sang pur. Le métissage est notre force. C'est ce que nous leur enseignons, à l'école française. Si vous ne l'avez pas compris, vous n'avez alors rien compris.

    Nous travaillons chaque jour, avec eux, pour eux, dans le souci de tuer le racisme et la haine, dans le souci de permettre à la France de demain d'être forte, colorée, motivée, unie. D'être une France fière de son blason tricolore, fière de ces trois mots, pour lesquels elle a versé du sang : liberté, égalité, fraternité.

    C'est ce que vos compatriotes chantent, avant chaque match, la main sur le coeur. C'est ce qu'ils chantent aussi lorsqu'ils décrochent l'or. C'est ce que les rues chantaient, en 1998, lorsque le football était encore un sport, au sens noble du terme. Mais vous n'avez pas dû en lire les paroles, en comprendre le sens profond. L'appel de l'argent a terni votre âme, a sali votre voix, Monsieur. "Décrocher l'or" n'a pas de sens pour vous, seul le mot "dépenser" en a.

    Combien de fois ai-je réagi lorsqu'un de mes élèves criait haut et fort qu'il n'était pas Français. Que son pays c'était ailleurs. Qu'ailleurs c'était mieux. Qu'ici on ne l'estimait pas. Combien de fois ai-je prononcé ce discours ? Etre Français ce n'est pas avoir la bonne couleur de peau ou les bonnes origines, c'est à la fois honorer les ancêtres de nos parents et aimer le pays qui nous porte et nous nourrit. C'est être partie prenante de son Histoire. Napoléon, Vercingétorix, Victor Hugo, Clémenceau sont aussi leurs ancêtres. L'Histoire de France n'a pas toujours été belle, mais elle a fait ce que nous sommes aujourd'hui, ce qu'ils sont, ce qu'ils deviendront.

    Vous n'avez pas dû beaucoup écouter vos professeurs d'Histoire, Monsieur Benzema. Vous deviez déjà rêver de gros chèques et de voitures rutilantes.

    Chaque jour, je leur enseigne les verbes AIMER, GRANDIR, TOLERER, PARTAGER. Nous apprenons ensemble à les conjuguer au futur, comme ils l'apprendront à leurs enfants.

    Chaque jour, nous apprenons que La France c'est avant tout ce mélange de culture, cet échange continuel entre différentes nations. Et c'est ce mélange qui fait sa richesse, sa grandeur et son authenticité. Etre Français, Monsieur, ce n'est pas avoir un sang pur, mais c'est revendiquer un coeur pur. 

    Ils sont La France, chacun d'entre eux ! Quelque soit le sang qui coule dans leurs veines. Ils vont à l'école française, ils rêvent en français, ils jurent en français, ils rient en français, ils se battent en français, ils s'aiment en français, ils ont des mauvaises notes et des bonnes notes en français, ils partagent leurs souvenirs en français, ils projettent leur avenir en français. Ils sont français !!!

    Et aujourd'hui, Monsieur, vous qui êtes avide de fric, de gloire et de femmes, vous avez tout ravagé. Vous avez donné un coup de pied haineux dans le pays qui vous a vu grandir.

    Monsieur, vous ne vous sentez pas Français, alors que vous êtes né dans ce pays, alors que vous avez tété le sein nourricier de Marianne, alors que c'est ici que vous avez appris à lire, à écrire, à devenir un homme ?  Peu importe ce que vous pensez, Monsieur. Je ne suis pas votre professeur, je ne suis pas responsable de vos actes et de vos paroles. Je ne peux plus rien pour vous.

    Mais vous, vous avez une responsabilité, dans ce pays, Monsieur. Vous êtes malheureusement un exemple pour la jeunesse d'aujourd'hui, pour la France de demain. Vous êtes responsable, Monsieur, de ce qui a pu se passer dans certaines rues de France lors de la victoire de l'Algérie : des voitures ont été brûlées, des gendarmes ont été violentés, des rêves ont été incendiés. Vous attisez la haine, Monsieur ! Vous ne valez pas mieux, qu'un certain homme borgne et sa fille, qui rêvent tout deux de gouverner un jour ce beau pays et le salir de leur fiel.  

    Aujourd'hui, Monsieur Benzema,  vous avez brisé des années de travail et d'espoir.

    Vous êtes un exemple pour ces jeunes, pour cette France noir-blanc-beur que j'aime, que je revendique. Pour cette France bariolée de demain que je rêve de voir, un jour, entonner la Marseillaise, avec fierté et honneur, en songeant à la fois à leurs ancêtres venus d'ailleurs et à leurs enfants qui naîtront ici.

    Vous êtes un exemple pour La France de demain, et pourtant, vous avez craché sur votre drapeau, sur notre drapeau, sur leur drapeau.

    Mais qu'attendez-vous Monsieur Benzema ? Que cherchez-vous ? Etes vous du côté de ces gens qui, dans la rue, demandent à ces jeunes, à mes élèves,  de retourner dans leur pays ? Mais c'est ICI Monsieur, leur pays !!! Si vous, vous ne vous y sentez pas chez-vous, allez ailleurs et portez un autre maillot sur le dos. Allez aider vos frères qui, au-delà de la Méditerranée, rêvent de révolution et de liberté !

    Otez de votre torse le drapeau tricolore grâce auquel votre porte-monnaie se remplit chaque jour et laissez tranquille La France de demain. Celle qui va devoir trimer pour s'en sortir, à qui il ne suffira pas de courir derrière un ballon pour survivre. Cette France qui devra suer, sang et eau, pour nourrir sa famille. Cette France qui bosse à l'école, avec acharnement, dans l'espoir de réaliser ses rêves un jour, pour ne pas terminer une balle dans la tête, la haine au coeur.

    Rentrez là où vous pensez que c'est chez vous, Monsieur Benzema, mais n'emmenez pas dans votre haine, cette génération déjà bien assez malmenée comme cela.

    Vous êtes un irresponsable, Monsieur. Vous ne méritez pas d'être vénéré par mes têtes brunes, vous mériteriez qu'ils crachent sur vous comme vous avez craché sur leur drapeau, Monsieur.

    Rentrez chez vous, Monsieur. Et laissez vivre leur rêve chez nous, chez eux.

    Rentrez chez vous.

  • Entrer dans l'âge adulte

    Hier, j'ai cliqué sur VALIDER.

    Hier, en une fraction de seconde, j'ai balayé neuf ans de ma vie. Une vie à peine commencée, à peine esquissée. Mais déjà, pourtant, bien entamée. Il m'aura fallu moins d'une seconde pour cliquer et tout claquer.

    Il m'aura fallu une seconde, un battement de paupière, pour balayer neuf ans durant lesquels j'ai appris à aimer, pardonner. Neuf années qui m'ont enseigné l'humilité, la générosité. Neuf années durant lesquelles j'ai rencontré tant de gens différents. Durant lesquelles j'ai côtoyé en un seul lieu, splendeurs et misères. Neuf années où j'ai si souvent vu La Faucheuse et Aphrodite embarquées dans une valse à deux temps endiablée.

    Neuf années. A peine. Déjà. Toutes petites. Minuscules. 

    Voilà neuf années durant lesquelles je suis devenue moi, à leurs côtés. Voilà neuf années durant lesquelles mes chères petites têtes parfois blondes, souvent brunes, m'ont mise dans tous mes états. Bouchage de serrures le matin, fous rires partagés l'après-midi.

    Chères têtes blondes et brunes, vous m'avez appris à connaître la femme qui sommeillait en moi et à comprendre l'enfant que j'ai été. Vous m'avez enseigné la tolérance, la patience. Vous m'avez appris à sourire, à hurler aussi, parfois, souvent. Hurler comme je n'aurais jamais cru pouvoir hurler, jusqu'à en perdre la voix, la foi parfois. Puis la retrouver, plus forte et motivée. Vous m'avez enseigné la différence, vous m'avez appris à me remettre en question, à me méfier des a priori. Mais par dessus-tout, j'ai compris, grâce à vous, le sens de ces trois mots que je lisais, déjà enfant, sur la façade de la Mairie. Liberté. Egalité. Fraternité.

    Mes chères têtes brunes, promettez-moi, qu'à mon départ, vous continuerez de prouver au monde que vous méritez votre place. Promettez-moi de ne pas écouter les discours trompeurs de ceux qui vous promettent le Paradis, à moindre coût.

    A vos côtés, ces neuf années m'ont semblé une vie. Toutes petites. Minuscules. Et je suis aujourd'hui, toute petite, minuscule, face à l'avenir qui se profile, inconnu et inquiétant. Fascinant pourtant.

    Il m'a fallu quelques secondes pour rêver d'un avenir qui se fera sans ma famille adoptive. Cette famille construite autour d'une machine à café. D'un paquet de copies. D'une conversation amorcée au détour d'un couloir, terminée devant une pinte, au café du quartier, tard la nuit, tôt le matin. 

    Par ma faute, à cause de ce geste malencontreux, il me  faudra, bientôt, dire au-revoir ... et souhaiter, secrètement,  que ces mots aient enfin un sens, qu'ils ne soient pas juste une promesse d'adulte qui ne connaît plus le sens du verbe "promettre".

    Par ma faute, il ne me restera plus que les souvenirs. Douloureux ou heureux. Ces moments partagés de galère ou de joies intenses. Le souvenir de ces larmes dissimulées à la lecture d'un journal, où on apprend qu'une de nos chères têtes brunes est morte, trop tôt, abattue par les rêves que la société, cette VRP sans scrupule, lui a vendus. Il ne me restera plus que le souvenir de nos éclats de rire résonnant encore à la cantine, comme pour oublier, le temps d'un repas, que nous ne sommes plus des gosses, pour oublier les responsabilités, la lourdeur de notre tâche. Il ne me restera plus que le souvenir de nos coups de gueules, nos défilés souvent stériles sur les pavés belliqueux de la ville, nos désaccords, notre rêve commun. Un rêve que nous avons partagé durant ces neuf années et que nous partagerons encore, malgré le temps et la distance.

    J'ai laissé derrière moi ces toutes petites, minuscules, neuf années. En une seconde. En un clic.

    Il ne me restera plus que ce sourire, qui ne quittera plus mon âme, lorsque je penserai à tous ces amis, que j'ai laissés, là-bas, en salle des profs. Ces rencontres inattendues, éternelles, ces regards qui mènent à l'évidence : l'amitié n'est pas que l'affaire des enfants. 

    Je n'oublierai rien de ces toutes petites minuscules neuf années.

    Pourtant, je les ai balayées, hier. Hier, j'ai cliqué sur un bouton.

    Hier, j'ai demandé ma mutation.

  • Que chacun se renvoie la balle

    Hier, une enfant de 10 ans proposait à une femme à la peau noire de manger une banane.

    Aujourd'hui, un élève, contemplant la bulle qui orne sa copie, en déduit que son prof est raciste.

    Demain, nous oublierons tous que nous sommes avant tout des êtres humains. Demain, il sera trop tard.

     

  • Routine dominicale

    Chaque veille de vacances c'est la même chose : je me promets de corriger toutes mes copies, préparer tous mes cours, avancer tous les projets scolaires durant la première semaine et me laisser ainsi la seconde pour me reposer et arriver fraîche et dispo le jour de la rentrée.

    Chaque dimanche veille de entrée c'est la même chose : je me retrouve avec dix paquets de copies sur les bras, quatre semaines de cours à préparer et une humeur à en faire oublier le bénéfice oisif des deux semaines qui ont précédé.

    Je suis incorrigible. Je procrastine à tous les temps.

    Allez, je m'accorde ce dimanche, je corrigerai lundi soir et dirai à mes élèves que j'ai oublié mes copies à la maison. Quant aux cours : ils ne s'apercevront de rien, de toute façon ils n'écoutent jamais.

    J'avoue, parfois je suis une très mauvais prof. Mais promis, demain je serai une prof sérieuse.

  • Polyvalence qu'ils disaient ?

    Pour causes de restrictions budgétaires, on vous demandera, Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs les Enseignants d'ici et de Navarre, d'être polyvalents.

    Vous avez choisi d'être professeur de français, ou plutôt, vous avez choisi d'être professeur de Lettres Modernes, mais vous avez terminé votre cursus dans un collège classé zone difficile, violente, fatigante, usante mais pleine de rebondissements ? Oubliez donc Victor, Emile et ses copains. Oubliez l'antéposition, l'accord avec le COD. Oubliez les complément circonstanciels essentiels. Oubliez la dictée hebdomadaire, la leçon de grammaire, la récitation quotidienne : vous n'aurez pas le temps. Oubliez même les règles d'orthographe fondamentales. Oubliez tout ce qu'on vous a enseigné à l'Université, vous n'en aurez plus besoin. Petit bémol, gardez cela dans un coin de votre mémoire pour le jour de l'Inspection : il est en effet fréquent d'être inspecté par quelqu'un qui a vécu au milieu du XXe siècle...

    Ce dont nous avons besoin, aujourd'hui, Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs, c'est de jeunes gens capables d'oublier ce qu'ils ont appris et capables de s'adapter à leur jeune clientèle. Parce que oui, Mesdemoiselles et Messieurs les idéalistes, aujourd'hui, on ne parle plus d'élèves mais de clients ! L'élève n'a plus à s'adapter à la pédagogie de son enseignant, ceci appartient à des temps révolus.

    Tout comme l'enfant-roi, l'élève-client a droit à une école à la carte. Terminées les heures de colle et les lignes, l'enfant-client décide de ce qu'il y a de bon ou de mauvais pour lui, aidé et soutenu par le  parent d'enfant-roi. L'élève-client a des droits : le premier de ces droits est de ne n'avoir aucun devoir. Ni le soir en rentrant de l'école, ni même à l'école. Ni même dans la rue.

    Votre rôle, chers petits bleus de l'EN, (et vous allez en avoir des bleus) est de satisfaire vos clients. Une heure de cours c'est bien trop pour un jeune adolescent de notre époque. Laissez libre cours à son imagination et à son esprit créatif.

    S'il vous prend en photo durant votre performance et qu'il la diffuse sur les réseaux sociaux, c'est qu'il vous porte de l'intérêt. Prenez cela comme un compliment et soyez heureux de voir votre photo commentée par une centaine de jeunes pré-pubères, jugeant ce cliché trop "chelou" et se remémorant, avec tendresse et nostalgie, ces heures de cours (votre cours en l'occurrence) durant lesquelles ils ont "fait bordeeeeeel" (on trouvera aussi l'expression "faire halla", courante dans certains quartiers plus populaires, mais au sens strictement identique)

    S'il vous insulte alors que vous lui demandiez simplement de jeter son chewing-gum à la poubelle, c'est sa manière à lui de vous remercier d'être là, pour lui.

    S'il aime recouvrir son bureau de petits mots à votre attention, mettant en avant votre goût pour les promenades nocturnes sur le périph', soyez fier du travail accompli : vous aurez réussi à le faire écrire.

    Et si un jour, vous vous retrouvez convoqué dans le bureau du Principal parce qu'un parent a refusé que son enfant fasse la punition que vous lui avez donnée, jugeant qu'il ne la méritait pas, qu'il n'a pas triché au devoir de la veille et que c'est pure coïncidence si son devoir est le même en tous points que celui du petit K., prenez cela comme faisant partie de votre formation continue : on apprend tous les jours à l'Education Nationale, on reste élève jusqu'à la mort... ou la retraite (ça dépendra du prochain gouvernement).

  • Retour vers le futur

    Me voici de retour sur ce blog. Après une ou deux années de silence, il me semble important de reprendre le cours de mes écrits parce que l'école n'est pas dans un bel état. Et si les gens qui y travaillent se taisent et laissent parler ceux qui n'y connaissent rien mais pensent tout savoir, les laissent décider de tout sans broncher, les choses ne pourront qu'aller en s’aggravant, jusqu'au point de non retour.

    Malgré des années de réforme, un changement "radical" au gouvernement, des heures de manif', des km2 de pavés foulés, les choses ne se sont pas améliorées. Pire, j'assiste, chaque jour, impuissante, à la dégradation de nos écoles, à l'augmentation des incivilités, à la pauvreté culturelle de mes élèves, à la démission des parents, à la "ghetto-isation" de certains quartiers.  Les média y sont, pour beaucoup, responsables.

    Cela semble facile de dire cela et de poser cette réflexion comme une vérité indiscutable, mais la vérité est bien là. La vérité, nous nous la prenons chaque jour en plein visage, de la première sonnerie du matin jusqu'à la dernière de la journée.

    Aujourd'hui sévit la génération Nabila pour les filles et Ribéry pour les garçons. Les unes rêvent de parcourir Madison Avenue en Cadillac, en petite tenue, les autres ont pour seule ambition de gagner des millions en courant après un ballon. C'est une caricature mais la caricature n'est pas loin de la vérité, encore une fois. Malheureusement.

    Souvenez-vous : en début de carrière, je racontais qu'un collègue avait tenté de calmer mon zèle en m'expliquant que je ne sauverai pas le monde de toute façon. J'étais jeune. Je ne comprenais pas. Il me semblait blasé, cynique, aigri. Je lui en ai voulu. Longtemps. Aujourd'hui, je comprends. Je garde encore les yeux tournés vers les étoiles, mais je comprends. Je n'ai pas perdu la foi, mais je le comprends. Je comprends mais je continue de me battre, parce que mes têtes brunes et blondes méritent mieux que ce "modèle de réussite" avec lequel les média les lobotomisent. Ils valent vraiment mieux que Nabila et Ribéry. Ils valent mieux que cette société de consommation qui cherche à les réduire en esclave en leur offrant du pain et des jeux. Et pour eux, parce que je crois toujours en cette génération, je ne cesserai de me battre.

    Et mon combat commence par ce blog.

    A bientôt.

  • Des pressions

    Cela fait un moment déjà que je n'ai pas écrit. Pas parce que je n'ai plus rien à dire, pas parce que je n'aime plus mon métier, pas parce que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. 

    Je n'ai plus écrit depuis longtemps parce que ma plume va mal. J'ai mal à l'âme. Je ne reconnais plus le monde dans lequel je vis.

    Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles, chaque jour sonne le glas de notre monde. Chaque jour, mon âme s'enfonce un peu plus dans la fange odieuse du désespoir.

    Et je suis responsable de ce désespoir qui flotte au dessus de nos têtes, nuage empoissonné qui menace de crever et déverser sur nous ses pluies acides.

    Nous sommes tous responsable de l'état dans lequel nous laissons notre planète aux générations futures. Nous avons laissé faire depuis des siècles, sans broncher : la tête dans le sable, nous espérions que ça passe. Et en attendant, nous nous sommes engraissés, nous nous sommes gavés au sein  de l'Afrique, croquant ses tétons fertiles jusqu'au sang, arrachant des bouts de chair, sans vergogne...

     

    Je reste persuadée, aujourd'hui, que l'humanité est une erreur. Chaque seconde, notre monde se mord les doigts de porter sur son dos arrondi par le poids des ans ce parasite obèse que nous sommes. Toutes les bonnes et belles choses que nous avons créées, nous les détruisons, nous les salissons, nous les souillons. La Terre nous regarde, impuissante, enchaînée, elle nous regarde la détruire... encore et encore...

     

    La religion est le témoin universel de cette auto-destruction.

     Au départ, la religion devait humaniser l'Homme, lui apporter des valeurs, des principes. Car l'Homme seul, l'Homme sans lois, sans codes moraux, n'aurait pu devenir cet être supérieur qu'il est aujourd'hui. La religion nous a permis d'évoluer, avec respect... La religion, c'est elle qui nous a appris comment cultiver notre jardin, c'est elle qui a fait de nous de bons parents, de bons citoyens, juste de bons humains. La religion est une belle chose... quand elle n'est pas associée au pouvoir.

    Et malheureusement, l'Homme est un animal de pouvoir. Honteux et confus de naître sans fourrure, nu et vulnérable, en proie aux attaques des autres prédateurs, incapable de marcher avant l'âge de un an, incapable de vivre sans ses parents avant l'âge de l'adolescence, l'Homme rêve de vengeance ! La Nature s'est moquée de lui et il la fera payer. Coûte que coûte. Alors il a utilisé la plus belle chose qu'il a créée, la spiritualité, et il en a fait une arme de pouvoir et il l'a retournée contre lui.

    Quand on regarde l'évolution des religions, quand on considère cela à la loupe, on s'aperçoit que les trois grandes religions monothéistes ont connu la même évolution : d'abord, sources morales et éthiques, elles sont rapidement devenues des excuses pour envahir les autres territoires, asservir les peuples et asseoir le pouvoir d'une poignée de conquérants qui n'ont d'"humain" que la taille de leur encéphale, cet encéphale qu'ils affichent avec arrogance, comme motif de leurs exploits...

    Chaque jour, j'entends et observe les ravages des religions sur les Hommes. 

    ...

    Au départ, lorsque j'ai ouvert ce billet, je ne voulais pas évoquer ce sujet, tabou et compliqué.

    Au départ, je voulais parler des souffrances animales, conséquences de nos besoins toujours plus grands. Je voulais parler aussi de la violence qui grandit dans les quartiers où vivent mes bambins bruns. Je voulais aussi parler d'une ville, Marseille : elle est ce que toutes les grandes villes de France seront dans 10 ans.

    Je voulais parler du besoin de possession qui pollue les esprits de nos enfants : ils en veulent plus, toujours plus, ils sont assailis, harcelés, agressés, par des publicités qui les poussent à consommer, acheter, posséder, encore et encore et encore.

    Je voulais parler de la bétise humaine, de l'asservissement de son esprit à coup de crédits, d'écrans plats, de séries télé qui lobotomisent. 

    Je voulais parler de la mort programmée de l'école et de l'éducation.

    Je voulais parler des OGM, des plantes que l'on exporte, qui viennent de pays lointains, qui coûtent toujours un peu plus à notre éco-système. Je voulais parler aussi de Las Vegas, de Dubaï, de l'Arabie Saoudite. Je voulais parler de la Chine, de la crise, du changement qui ne viendra pas maintenant, ni dans longtemps, mais jamais.

    Je voulais juste parler.

    Mais mon âme s'est enfermée dans un dangereux mutisme. J'ai des bleus à l'Homme.

  • Vivement les 35 heures

    Et voilà notre cher Ministre qui met de nouveau de l'huile sur le feu... ou du feu sous l'huile... je ne sais plus vraiment.

    http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/02/01022012Accueil.aspx#systeme

    Il veut mettre fin aux privilèges des enseignants ! Il était temps !

    Fini le prof agrégé qui ne fera que 15 heures de cours !

    Fini son acolyte certifié qui ne travaille que 18 heures !

    C'est dit ! Le prof, ce vilan méchant voleur et profiteur, lui le seul responsable de la dette française, lui le nanti, le vilain fonctionnaire pique-assiettes, cette sangsue diplômée surpayée, cet incompétent qui passe plus de temps à se dorer la pillule (et à en ingurgiter) qu'à faire cours, ce virtuose du congé maladie qui est payé à ne rien faire, il sera enfin puni, chatié ! La France veut sa vengeance ! et elle l'obtiendra !!!

    Le vilain prof devra rester 35 heures dans son établissement et TRAVAILLER !!!! Enfin !! Hourra Monsieur Chatel ! Vive Monsieur Chatel ! Chatel Président !!!!

    ...

    Attendez un peu. Calcul rapide.

    Soit une enseignante certifiée à 18 heures (21.5 en réalité avec les heures sup'). Soit 1/2 heure (dans les bons jours) de préparation pour chacune de ces heures devant élèves. Soit 18 + 9 = 27 heures.

    Ajoutons à ces 27  heures, les quelques réunions hebdomadaires, soit 2 heures en moyenne. 27 auxquels j'ajoute deux font 29 heures.

    Ajoutons le temps de correction des copies. Sachant qu'un professeur lambda donne environ un contrôle par classe et par semaine. Sachant que le temps de correction par copie est en moyenne de 5 minutes. Sachant qu'une classe est constituée de 25 élèves. 25 que je multiplie par 5 donne 125, soit environ 2 heures de correction hebdomadaire par classe. Sachant qu'un professeur a environ 5 classes. 2 que je multiplie par 5 fait 10 heures.

    Ajoutons donc ces 10 heures de correction aux 29 heures précédentes... Nous arrivons à 39 heures...

    ...

    Sachant que la plupart des professeurs ont des projets (théâtre, écriture, sorties diverses, orientation en classe de troisième, liaison collège-lycée, collège-école etc.), que généralement ces heures de projets sont prises sur le temps libre des enseignants, pour la plupart... Ajoutons donc ces heures hebdomadaires gratuites, laïques et obligatoires aux 39 heures...

    ...

    Evidemment, nous devons déduire à ces 39 heures hebdomadaires toutes ces heures durant lesquelles nous sommes en vacances...  Je ne reviendrai pas sur ce débat... D'autres professions disposent d'autant de temps de vacances (voire plus)...

    Et puis je n'ai pas le temps d'achever ce calcul. Je n'en ai pas envie. Je n'en ai pas envie car mes pensées sont déjà envahies par d'autres calculs. Il nous faudra un ordinateur disponible par enseignant, des salles de travail, des locaux où ranger nos manuels, des bureaux par disciplines, suffisamment d'imprimantes pour travailler dans de bonnes conditions, une salle des profs plus vaste pour pouvoir y accueillir chaque jour les 40 professeurs (pour les plus petits établissements) punis aux 35 heures... 

    Alors Monsieur Chatel, amusez-vous, il vous reste encore quelques mois ! Car ce dont je suis certaine, c'est que passer aux 35 heures fera de nous les grands gagnants des présidentielles !

    Alors Monsieur Le Ministre !!! Allez-y !! Passons vite aux 35 heures ! Je vous en supplie !

    Continuez de nous faire passer pour les parasites de la fonction publique ! Faites-nous encore passer pour les parias, les privilégiés, ceux qu'il faut abattre... Faites-le. Nous vous remercierons quand le soir nous rentrerons sans avoir de copies à corriger. Quand Dimanche soir rimera enfin avec repos. Quand nos étagères ne crouleront plus sous le poids des manuels scolaires. Quand nous n'aurons plus d'argent à dépenser en imprimantes, cartouches d'imprimante, ordinateur, livres et autres revues pédagogiques, sorties culturelles etc. Et quand les petites vacances seront enfin de vraies vacances !

    Alors oui ! je vous en prie, Monsieur Le Ministre, laisssez-vous aller.... Mais n'oubliez pas le soir, quand vous vous regardez dans le miroir : en tirant sur les enseignants, c'est sur l'école que vous tirez.