15.10.2009
Retour à la normale
Souvenez-vous ! Il y a quelques temps des choses louches semblaient se tramer au sein de mon collège. Les élèves travaillaient, montaient calmement dans les couloirs, ils disaient bonjour, merci et au même revoir. Certains faisaient leurs devoirs. D'autres n'arrivaient plus en retard. On raconte même qu'un matin un élève aurait proposé à son professeur de lui porter son sac, le jugeant trop lourd pour une si jolie jeune femme. On a même pu voir de jeunes bambins pleurer à la fin d'un cours de français, refuser d'aller en récréation pour terminer leur conjugaison.
L'équipe enseignante tremblait de peur depuis quelques semaines. Chaque matin, nous entrions dans nos salles de cours à reculons. Quand un élève levait poliment le doigt pour demander la parole nous avions, pour la plupart, un mouvement de recul. Quand un autre se proposait pour effacer le tableau, nous déclinions l'invitation, préférant maculer nos vêtements de poussière de craie plutôt que de livrer notre vie aux mains de ce terrible bambin. Pire encore, nous n'osions corriger nos copies, craignant y trouver de l'anthrax ou autre poison perfide caché dans les bonnes réponses.
Mais aujourd'hui, l'équipe enseignante a retrouvé, enfin, ses repères. Tous ces signes n'étaient que de simples coïncidences. Une fausse alerte. Tout est retourné à la normale. Nos élèves ont retrouvé leur joie de vivre et leur innocence. Avec joie ce matin, j'ai pu par exemple constater une recrudescence de crachats dans les couloirs. J'ai aussi eu l'honneur d'assister à une bagarre, chose qui se faisait rare ces derniers temps, même si l'on prenait le temps de se poster, discrètement, au coin d'un couloir. Et une de mes collègues, une chanceuse, a connu, de nouveau, le bonheur de se faire insulter en plein cours.
...
Dès 8 heures ce matin, je savais que le pire était derrière nous. A peine étions nous entrés en cours, mes troisièmes et moi, qu'un élève se plaignit d'avoir été la cible d'une boulette de papier. Mon visage s'illumina alors d'un sourire. Enfin, je pus tous les punir, les laissant debout durant toute l'heure et attendant que le coupable se dénonce. Je ne vous cache pas mon appréhension. Je craignais un retour de sincérité : à tout moment je m'attendais à voir une main se lever et entendre une petite voix perfide m'annoncer "Madame ! c'est moi ! je suis désolé ! je n'ai su contrôler mon geste." Heureusement, cela ne se passa pas ainsi. Aucune petite voix. La lâcheté avait enfin repris possession de leurs jeunes esprits.
Durant l'heure suivante, bien qu'encore sur mes gardes, j'étais davantage détendue, l'épisode précédent aidant. Je n'eus pas longtemps à attendre. Un bruit innommable retentit dans les couloirs. O bonheur insoupçonné ! c'était mes sixièmes chéris ! Quelle joie que de voir leurs petits visages tout occupés à copier mille fois "je dois être silencieux dans les couloirs".
Et la journée s'acheva en beauté. Deux élèves me firent le plaisir de crier en plein cours et même de se lever sans mon autorisation et déambuler au milieu des rangs. Je ne les remercierai jamais assez. Avec frénésie, je remplis deux feuilles d'exclusion, dans un bégaiement d'extase je demandai au délégué de les conduire chez le CPE. Et mes deux bambins me firent un dernier cadeau, comme pour me dire "Excusez notre comportement de ces dernières semaines. Nous ne voulions pas vous effrayer ! Cela ne se reproduira plus : nous nous sommes égarés..." : ils me lancèrent un regard noir et l'un deux prononça ces mots, inoubliables, pour l'éternité ancrés dans ma mémoire "Ah oui ! vous ne voulez plus me voir ! Vous allez voir"... Douce menace raisonnant comme un quatuor à cordes dans mon âme.
Et ce soir c'est le coeur léger que je corrige mes copies et les décore de zéros délicieusement ornés.
Je savais que je pouvais encore croire en l'espoir.
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08.10.2009
Mais que se passe-t-il ?
Ce matin, réveil difficile. Sommeil peu réparateur. Il faut dire que quatre heures c'est très peu. Pas envie d'y aller mais la conscience professionnelle est un des plus grands fléaux de l'humanité. Mais la conscience professionnelle a aussi ses limites : cette limite s'appelle "être en retard"...
J'ai donc pris cette liberté.
...
En arrivant au parking, je simule un grand stress et cours en direction de la cour de récréation. Là, je croise ma principale :
Moi - (en lui serrant la main, l'air concerné) : Bonjour madame !
Elle - (avec autorité) : Vous avez cours ?
Moi - (dans ma tête) : Non non ! je fais mon footing matinal - (avec mon air désolé d'enseignante consciencieuse mais épuisée par tant de travail et d'investissement personnel, un léger souffle dans la voix) Oui ! et il faut que j'y aille d'ailleurs ! j'ai prévenu ! ils m'attendent ! (intérieurement) avec impatience...
Elle - (toujours désireuse d'asseoir son autorité sur le "personnel enseignant") : Dépêchez vous alors.
...
Un sourire imperceptible au coin des lèvres, je monte à la hâte (fausse hâte, vous m'aurez comprise...) les escaliers menant à la cour de récréation. Je m'imaginais déjà, courir à travers le collège pour retrouver mes élèves. Sont-ils en permanence ? Au CDI ? Dans ma salle ? Rentrés car on m'a annoncée absente ? Cachés peut-être ?
Et qu'aperçois-je au loin, assis sagement (et calmement) sur le muret de la cour : mes troisièmes. J'ose un signe de la main en leur direction, me disant que cela ne servirait à rien, qu'ils feraient comme s'ils ne m'avaient pas vue et que je devrais encore parcourir quelques difficiles mètres matinaux pour les récupérer...
Mais non ! ma main s'est à peine agitée qu'ils se sont tous levés, comme un seul homme, se sont gentiment rangés sous le préau et m'ont attendue.
Moi - (estomaquée, pensant finalement ne pas m'être réveillée et être encore au milieu d'un rêve) : Je suis bien dans le bon collège là ? Vous êtes bien les 3eB, je ne me trompe pas ?
Une élève - (pas tout à fait réveillée) : Pourquoi vous dites ça madame ?
Moi - (définitivement réveillée) : Pour rien ! Pour rien ! Allez, on monte en classe.
Mais je n'étais pas au bout de mes surprises ! Ces êtres monstrueux avaient méticuleusement préparé leur coup : ils sont montés jusqu'au troisième étage sans un bruit. On aurait dit qu'ils étaient tous devenus aphones et portaient tous des chaussons. Puis ils se sont rangés devant ma salle et m'ont attendue. Encore...
J'ai ouvert ma salle... Et par pur esprit de provocation, j'en suis certaine, Ils sont entrés sans un bruit. Ont sorti leurs affaires. Ont attendu que je leur demande de s'asseoir. Et se sont assis, calmement, sans faire ce bruit infernal des chaises qu'on traine sur le carrelage.
Dernière manigance de leur part : ils ont travaillé. Pire encore : ils ont TOUS fait leurs devoirs.
Moi (tentant de dissimuler ma stupéfaction et cherchant à les déstabiliser à mon tour) : Vous avez fait vos devoirs ? Pourtant je vous en avais donné beaucoup !
Une élève (fière) : Oui madame ! j'y ai passé mon mercredi avec P.
Un autre (faussement terrifié) : Oui madame ! On n'a pas envie d'avoir un mot dans nos carnets.
Moi : ...
...
Je vous le dis : il se prépare quelque chose de mauvais, mauvais. Préparons-nous ! la fin du monde est proche mes amis !
...
Petite nuance pour terminer tout de même sur une note positive : j'ai puni deux élèves aujourd'hui, ils n'écoutaient pas en cours, en ai exclu un, il se battait alors que ça avait sonné et qu'il devait être en rang, et ai fait copier une classe durant une heure, ils m'ont fatiguée avec leurs bavardages. Il reste donc encore de l'espoir : il reste encore des esprits libres !
20:19 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05.10.2009
A A A
Et voilà on l'a notre célébrité à nous : une petite gamine sans prétention de 11 ans a décroché le pompon !
Premier cas de grippe A attesté dans mon établissement ! il était temps ! on commençait à être jaloux nous !
Allez encore un petit effort, deux cas de plus dans la même classe et on ferme la classe !
Et si on met un peu du nôtre, on pourra peut-être même fermer le collège et se prendre une semaine supplémentaire de vacances.
J'aime les média : d'une petite grippette, ils font tout un plat, meilleur encore que les gâteaux de l'Aïd !
J'aime l'hiver : les microbes se repaissent de nos faiblesses. Les chagrins d'amour se transforment en gastro-entérites, le blues des feuilles mortes en extinction de voix - de voie parfois -, les petits bobos de l'âme en vilaine trachéite et la peur de tout en Grippe redoutablement A ! Un amour naissant devient parfois un méchant rhume, une envie d'enfant, une satanée toux. Et tout ça au printemps s'envole, se transforme en projets surprenants.
La vie est belle sous son masque médical !
21:12 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
02.10.2009
Le monde ne tourne plus rond
Rien ne va plus dans le doux univers édulcoré de l'éducation nationale ! Le monde tourne mal, le monde ne tourne plus rond.
Fini le temps où on renvoyait de cours un élève car il n'avait pas fait ses devoirs ! Aujourd'hui les élèves ont tous les droits : cracher sur leur prof, les insulter, les injurier, leur faire des doigts d'honneur, jeter des objets par les fenêtres de cours, courir en hurlant dans les couloirs, entrer dans les salles de cours et voler ce qu'il y a de "volable", ne pas aller en cours, passer leur journée dans la cour de récré, jouer aux cartes avec les surveillants... Aucune sanction ! Tout leur est dû ! Dans mon collège, l'enfant est roi et le prof n'a qu'un seul droit : se taire et encaisser.
A tel point que, ce matin encore, une collègue a été prise à partie par l'adjoint, devant tous les autres collègues. Celui-ci lui a en effet reproché de ne pas faire correctement son travail : il a vu des élèves jeter des objets par la fenêtre pendant son cours. La collègue, pour se défendre, a expliqué qu'elle était en train de gérer une bagarre qui s'était alors déclarée en plein milieu de son cours et qu'effectivement elle n'a pu voir les autres joyeux lurons profiter de l'opportunité qui leur était offerte pour tester les lois de la gravité... Mais l'adjoint a insisté, disant qu'elle devait gérer ses classes, quelle que soit la situtation, que c'était le minimum syndical... Bilan : les élèves perturbateurs n'ont pas été sanctionnés, les objets tombés du deuxième étage n'ont pu être sauvés, la collègue a été lapidée sur la place publique (la salle des profs en d'autres termes...) et, bientôt, peut-être, cette collègue passera-t-elle en conseil de discipline ... ! Allez savoir ! Tout est possible !
Tout est possible ? Effectivement. Voici une autre anecdote. Durant une semaine entière, un élève s'est fait passer pour un autre. Il s'est alors tout permis : insulte, rébellion, provocation... Comment se fait-il que personne n'ait pris conscience de la supercherie ? car dans mon collège, on peut librement circuler, sans carnet, sans papiers, parfois armés... Qu'est-il advenu de l'usurpateur ? On lui a rendu son identité et il est revenu en cours, fier, victorieux !
Dernière preuve d'une tout autre dimension. Ce matin, en fin d'heure de cours, mes élèves de sixième se sont mis à hurler de désespoir en entendant la sonnerie de la récréation. On aurait dit de jeunes chiots blessés ! Motif ? "Madame ! Le temps passe trop vite avec vous ! on veut encore faire de la conjugaison, on ne veut pas aller en récréation..." C'est sûr il se trame quelque chose... Nos bambins préparent un truc dans leur coin... ça sent mauvais mauvais...
Nostradamus avait-il raison ? La fin du monde serait-elle toute proche ?... J'en ai bien peur...
15:06 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
21.09.2009
Aid Mabrouk
Il y a des jours, parfois, où j'espère obtenir une mutation ailleurs... Là où les élèves écoutent attentivement, là où l'absentéisme n'est pas une philosophie, là où une heure de cours n'équivaut pas à une vie entière...
Il y a des jours où je rêve de cet établissement idéal, où chaque heure de cours existe comme un souffle, une caresse. Pas de punition, pas de perte de temps. Je rêve d'élèves qui arrivent en sixième en sachant lire, écrire, compter. Je rêve d'une classe de troisième pleine d'espoirs, d'ambition, de projets. Je rêve de collègues qui arrivent en salle des profs avec le sourire, qui ne maudissent pas les élèves, qui ne remettent pas en cause le système, qui aiment leur métier, tous, tout simplement.
Je rêve d'une école idéale...
Mais dans cette école, je n'y aurais pas ma place. Je n'y serais qu'un meuble, au milieu de tant d'autres. Un meuble posé là, sur une estrade, un meuble qu'on écouterait parler, un meuble qui donnerait des numéros d'exercices que l'on fera le soir venu, sans penser, sans rêver de liberté. Un meuble inutile, qu'on ne voit plus, qu'on n'a jamais vu...
Dans mon établissement idéal, les élèves n'auraient pas besoin de moi. Un livre les contenterait. Une émission télé les comblerait. Dans mon établissement idéal, ils sauraient grandir sans moi.
Dans mon établissement idéal, mes élèves ne me diraient pas, le matin, que je suis belle, malgré la mauvaise nuit passée. Dans mon établissement idéal, je n'aurais pas, tous les matins, la sensation de monter les marches à Cannes, photographiée du regard par une foule d'admirateurs en culotte courte. Dans mon établissement idéal, les parents ne me diraient pas merci, prenant pour acquis mon amour pour leur progéniture. Dans mon établissement idéal, je ne rirais pas aux éclats, en plein milieu d'un cours ! Dans mon établissement idéal, je ne verrais pas le visage de mes bambins, illuminé par la joie de m'apporter des gâteaux, par le fait de me faire partager un bout d'eux, un bout de leur tradition. Dans mon établissement idéal, je n'existerais pas.
Je ne veux pas vivre un idéal. Je veux vivre ma vie.
11:18 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
11.09.2009
Echec et mat
Au commencement, il y avait les peintures rupestres.
Les bambins étaient tous munis de dix doigts. Dans cette égalité parfaite, nul ne pouvait comparer leurs dessins : chaque mammouth avait sa particularité, sa qualité. Pas de notation barbare, pas de classement. Bambin préhistorique pouvait vivre pleinement. Sans se soucier de la concurrence.
Puis Charlemagne décida qu'il fallait changer la règle : on ne pouvait laisser croire aux bambins de la nation que l'égalité parmi les hommes était un acquis. Il créa l'école. Bambins au sang bleu et autres bambins des villes fortunés eurent alors la chance de pouvoir apprendre le latin, les mathématiques, la philosophie. Bambins des champs durent travailler pour subsister. Plus de peinture sur les parois des grottes, pas de latin, pas de mathématiques. Les bambins des villes grandirent, les bambins des champs vieillirent. Sur ce modèle d'élite, la société se bâtit, petit à petit. Les bambins des villes, devenus grands, firent les lois. Les bambins des champs les subirent, sans broncher, sans sourciller, ne sachant pas les lire. Et la "Gaule" continuait de tourner.
Tout la Gaule, non ? Seul un irréductible gaulois, du nom de Jules, décida de changer la donne ! En 1885, contre l'école de Charlemagne, il batailla, vaillamment ! Il instaura l'école gratuite, laïque et obligatoire. Jusqu'à seize ans, à peu près, bambins des villes et bambins des champs devaient se retrouver dans les mêmes salles de cours. On continua de leur enseigner le latin, les lettres et les mathématiques. On ajouta des cours de morale (il fallait bien remettre bambin des champs sur le droit chemin...), des leçons de chose, de l'histoire, de la géographie... A l'âge de dix ans, tous les bambins devaient passer un certificat leur permettant d'accéder au niveau supérieur : bambin des villes l'avait généralement du premier coup, bambin des champs, qui devait continuer de s'occuper des champs et n'avait ni le sou, ni le temps pour travailler correctement, le ratait le plus souvent. Jules Ferry appela cela "l'école de la République", reposant sur trois grands principes : liberté, égalité, fraternité.
...
Puis arriva 1975 ! Le ministre de l'époque désirait plus que tout participer à l'effort de la République et permettre à bambin des champs (qui était devenu bambin des cités...) de côtoyer bambin des villes... Il instaura alors le collège unique ! Quelle merveilleuse idée que de permettre à toute une génération d'accéder à la connaissance ! Sans distinction ni de race, ni de couleur, ni de religion, ni de statut social... C'était la naissance de la "communauté éducative" !!! Des collèges s'érigèrent dans tous les coins de France. Le besoin de main d'oeuvre se fit alors ressentir, on alla chercher de la main d'oeuvre en Afrique, les bambins des cités se multiplièrent. Mais on ne savait où les loger : on les parqua autour des villes et on décida alors de créer, dans ces lieux, dans le seul but de les pousser à la réussite, des zones éducatives prioritaires (ZEP), zones dans lesquelles ils se retrouveraient tous et pourraient, dans un même effort, devenir des citoyens modèles, fiers de la culture et des valeurs françaises, fiers de ce pays d'accueil !
Année après année, chaque nouveau ministre de l'éducation voulut apporter sa petite brique à ce grand et merveilleux édifice qu'était la ZEP, projet ayant pour noble but de lutter contre l'échec scolaire !!! Chacun y alla donc de son sigle, de sa réforme. Il fallait d'abord conduire 80% d'une génération au baccalauréat. On réforma alors les programmes scolaires. On permit à toute une génération d'apprendre l'Anglais dès l'école primaire. Mais pour cela il fallait sacrifier quelques heures de français et de mathématiques. Peu importe ! Le sacrifice n'en valait-il pas la peine ?
Puis, on s'aperçut, qu'étrangement, malgré l'augmentation du budget de l'Education nationale, de plus en plus, les bambins (des villes et des cités confondus) ne savaient plus écrire, ne savaient plus lire. On réforma alors la méthode de lecture : le bambin apprit d'abord à reconnaître le mot, il apprendrait plus tard son alphabet... On reforma aussi le corps enseignant, lui demandant d'oublier les anciennes méthodes, d'appliquer les nouvelles et de cesser de crier au scandale...
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Mais le niveau en mathématiques semblait lui aussi baisser dangereusement. On allégea alors le programme : le bambin roi ne pouvait en effet supporter ce rythme effréné. On ôta donc quelques heures de mathématiques pour les remplacer par des heures d'informatique, autrement appelées B2i ! Encore un beau sacrifice ! Il fallait vivre avec son temps !
Cependant, tout cela manquait encore d'organisation ! On ordonna donc aux établissements de mettre au point un projet d'établissement ! Dans les ZEP, il fallait privilégier l'apprentissage de la langue : arriva alors le Chinois, l'Arabe, l'Italien, le Japonais. Ne pouvant accabler nos chers bambins, il fallait alléger l'emploi du temps : sacrifions quelques heures de français ou de mathématiques ! Allégeons le programme d'histoire : il faut se tourner vers l'avenir !
Malgré toutes ces réformes et cette bonne volonté, les bambins ne connaissaient plus leur grammaire, ne savaient plus lire en sixième et avaient des difficultés à écrire. On résolut donc le problème en remplaçant le terme "grammaire" par l'ORL (Observation Réfléchie de la Langue) à l'école primaire. On laisserait les enseignants du collège insuffler à tous ces bambins les termes jargonnant, tels que COD, COI, complément du nom et autre attribut du sujet, tout en ne prononçant jamais le terme de "grammaire" (il ne fallait pas traumatiser les jeunes esprits de nos bambins...) : c'était l'ère du "décloisonnement" ! La grammaire au service du texte ! Encore une noble cause pour laquelle tout sacrifice serait légitime !
Et ces réformes permirent en effet de mettre sur un pied d'égalité bambin des cités et bambin des villes : ils savaient parler Anglais dès le CP, étaient capables de multiplier à l'aide d'une calculatrice dès le collège et pouvaient reconnaître un nom commun en troisième... Quant à l'Histoire de France, tant pis s'ils ne la connaissaient pas sur le bout des doigts : il fallait regarder devant soi !
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Il y a peu de temps, le constat fut le suivant : si les élèves étaient en échec, c'était de la faute des enseignants et des programmes ! Les enseignants étaient mal formés et les programmes étaient déformés ! Il fallait donc de nouveau réformer !
On refit les programmes, on reforma les enseignants, on supprima les IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres), on décida de recruter à BAC +5. Entre temps, on supprima la nouvelle méthode de lecture pour revenir à l'ancienne, on remit en place le calcul mental, on augmenta le nombre d'heures d'Anglais... Mais pour tout cela, il fallait de l'argent : on supprima donc des postes d'enseignants et on augmenta le nombre d'élèves par classe. Après tout, enseigner à trente-cinq élèves en lycée ce n'était pas si compliqué ! Et puis en ZEP, vingt-cinq élèves pouvaient tout à fait cohabiter et progresser... Pourvu qu'on mette des portiques à l'entrée pour gérer l'entrée des armes...
...
Et pourtant, la violence augmentait, le niveau diminuait, le fossé entre bambins des cités et bambins des villes se creusait, les collèges privés se remplissaient... A qui la faute ? La faute de l'élève, génération zapping, incapable de se concentrer ? La faute de l'enseignant, bobo révolutionnaire, toujours opposé aux réformes ? La faute à "On", fidèle serviteur du Ministère qui n'a plus vu un élève depuis quarante ans et qui pourtant continue d'imposer ses réformes ? La faute à l'école qui ne sait pas s'adapter à la société ? La faute du collège unique, belle utopie qui fait croire à nos bambins que nous sommes tous égaux face au savoir et la naissance ? La faute à Voltaire ? La faute à Rousseau ? (qui ne sont plus beaucoup enseignés...)
...
Quoiqu'il en soit, il n'existe à l'heure d'aujourd'hui qu'un seul et unique moyen pour lutter contre l'échec scolaire. Nous en sommes tous silencieusement persuadés... Cela ne demande pas un gros budget, cela ne demande pas de réformes monumentales, cela ne demande pas de revenir à l'ancien temps, car, qu'on se le dise, ce n'était pas mieux avant, c'était juste différent.
Il suffirait, peut-être, juste d'écouter bambin des villes et bambin des cités, il suffirait de les regarder. Aucune réforme ne fonctionnera tant qu'on leur fera croire qu'on est tous égaux devant l'éducation. Chacun à son talent et son talon d'Achille. Si bambin des villes est bon en mathématiques, il n'a peut-être pas la fibre artistique de bambin des cités. Si bambin des cités sait maîtriser la langue orale, il n'a peut-être pas les qualités scientifiques de bambin des villes. Le collège unique est une illusion moderne. Si on ne sait pas tous marcher au même âge, si on ne sait pas tous parler au même âge, si on ne peut pas tous rêver au même âge, on ne pourra pas avoir le même niveau scolaire au même âge... Chacun devrait pouvoir avancer à son rythme... Mais cela n'a aucun intérêt économique alors... Alors on réforme. Encore et toujours. Jusqu'à ne plus savoir pour qui on le fait...
11:37 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : echec scolaire, jules ferry, loi habby
01.09.2009
La sixième rentrée
Routine bien huilée. Pré-rentrée sans surprise. Toujours les mêmes têtes, les mêmes doléances, la même envie de revoir les élèves, mêlée d'une certaine appréhension.
On découvre la liste de nos futures classes, on catégorise, on connaît tous les élèves, on est un ancien, un pilier. Quelques conseils donnés aux nouveaux : on sait qu'ils vont souffrir, comme les précédents, comme nous-même il y a quelques années.
Tout semble pourtant si loin. Les craintes du débutant ne sont qu'un vague souvenir. Il n'y a plus de peur à la lecture des noms de nos bambins. Une certaine tendresse l'a remplacée : "Tu verras celui-là, il est pénible mais je suis sûre que tu vas bien l'aimer." Malgré nous, on s'est attaché à ces minots des quartiers difficiles. On aimerait les prendre sous notre aile longtemps, toujours. Les mettre à l'abri de l'argent facile des cités, les empêcher, le plus longtemps possible, de perdre leur innocence. On les aime nos minots, même si on sait que, cette année encore, ils nous rendront fous de colère, nous feront enrager, pester, détester parfois notre métier.
On monte alors des projets, le coeur léger. On organise, on planifie, on pense à eux. On fait tout notre possible pour les pousser dans le droit chemin, celui qui ne passe pas par la case prison, celui sur lequel il est inutile de semer des cailloux blancs pour se retrouver, celui où chaque rencontre est bonne à prendre.
C'est ma sixième rentrée. Ma cinquième dans ce collège qui, il n'y a pas si longtemps, m'effrayait. Je me sens grandie, utile, investie d'une mission. Je me sens chez moi, à ma place. Je suis moi. Ici et nulle part ailleurs.
16:59 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rentrée
09.05.2009
L'éducation nationale, c'est Darty
Une enseignante avait attribué un zéro à un élève qui le méritait amplement. Que croyez-vous qu'il arrivât? L'enseignante s'est fait taper sur les doigts. A l'Education Nationale comme chez Darty, le client est roi !
"Une enseignante de mes amies est dans les ennuis.
Il y a quelques jours, elle donne en classe une rédaction (si ! elle a osé !) qui consistait (je vous donne le sujet comme elle me l’a fourni, et peu importe ce que j’en pense) à écrire un sonnet de son invention, en décasyllabes et / ou alexandrins, fictivement rédigé par un Résistant pour en motiver d’autres. Bref, un addendum à l’Honneur des poètes.
Elle a bien précisé qu’il s’agissait d’un sujet personnel, préfiguration des « sujets d’invention » qu’ils auraient au lycée, etc.
L’un de ses loustics a trouvé moyen de dénicher sur Internet un poème à peu près adéquat, rédigé par un quidam quelconque, qu’il a recopié tout simplement « avec l’autorisation de sa mère… »
Bref, la collègue s’en aperçoit, et met 0 au garnement (et à trois autres canaillous qui avaient eu la mauvaise idée de recopier sur son épaule…). Avec une heure de retenue en sus — faudrait quand même pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, comme disait Audiard.
Que fit la maman ? Elle a écrit à la prof qu’elle trouvait son comportement inadmissible, la note indigne, bref, qu’elle portait réclamation…
On se croirait dans un centre commercial. Ce n’est plus Darty, c’est Antibi ou Sébastien Clerc : « Moi, je vous mets 10 au minimum pour ne pas vous humilier, si vous trouvez plus bas, plaignez-vous, Sainte Pédagogie vous remboursera la différence… »
L’enseignante, un peu piquée au vif, a répondu par une (trop) longue lettre que je vous livre in extenso en Note (1).
La réponse n’a pas tardé : la mère courroucée a déboulé chez le Principal du collège, en exigeant un rendez-vous — afin de laver la tête d’une prof si mal embouchée…
Rendez-vous fut pris, et qu’en résulta-t-il ?
Je lui laisse la parole — parce qu’il y a une certaine qualité d’émotion dont le ministre devrait tenir compte, en ces temps où paraissent des livres qui s’inquiètent de la santé psychologique d’enseignants au bout du rouleau — j’en parlerai à l’occasion.
« Tout a très mal commencé : la mère devant son fils, dans ses petits souliers — m'a directement annoncé qu'elle était très en colère contre moi. Je lui ai fait remarquer que ce n'était pas de ma faute s'il avait triché, mais elle s'est tout de suite focalisée sur le zéro. Le but de son déplacement était clair: faire retirer ce zéro « car un zéro, ça fout la scolarité en l'air », bien entendu! J'ai répondu qu'au milieu de 15 notes (j'en suis déjà à 11), si les autres étaient bonnes, ça ne changeait pas grand chose, mais bon, « un zéro c'est inacceptable », donc faut changer tout ça, car après tout le client est roi... Hein? Comment ça ? on n'est pas dans un supermarché ? Je ne m'en étais pas rendu compte !
« Bref, je reviens à ma mère d'élève et ses arguments oiseux : « Il n'avait pas rendu copie blanche, il n'était pas au courant, j'aurais dû préciser les règles » (là, agacée j'ai répondu que si je devais donner toutes les règles de base à chaque cours, je n'en finissais pas et qu'il me semblait évident qu'il ne fallait pas tricher, et que cela devait paraître évident à un élève aussi intelligent que son fils…). Là où elle a réussi à me faire mal, c'est quand elle a abordé de façon générale la gestion de mes cours : je fais peur aux élèves (et c'est bien le terme employé!) et en leur annonçant que j'étais rancunière (propos tenus envers certains petits insolents effectivement), je coupais ainsi toute tentative de dialogue. Bref, je suis « l’un de ces professeurs juchés sur leur piédestal qui ne veut même pas entendre les propos de leurs élèves ». À croire qu'elle savait ce qui pourrait me faire craquer (puisqu'elle a insisté sur les problèmes que son fils aurait s'il m'avait de nouveau l'année prochaine — sous-entendu : vous êtes une mauvaise prof). J'ai quand même tenu bon, et après avoir essayé de m'apitoyer (« son fils est très malade, une maladie liée à l'anxiété... » vu la mère qu'il a, je ne suis pas surprise, parce que la situation dans laquelle il était pendant l'entretien n'était pas facile! Il a même fallu que je le rassure après le cours de ce matin en précisant que l'entretien avec sa mère ne changerait pas ma manière d'être avec lui !), elle en est venue au dernier argument : si je ne retire pas le zéro, c'est elle qui retire son fils du collège. « Très bien Madame, vous verrez ça avec le Principal.
« C'était la première manche, et j'étais déjà un peu énervée. Mais le plus amusant fut l'entretien qui a suivi avec le Principal, qu'elle est effectivement allée voir pendant que j'étais en cours. Nouvelle menace de retirer le fils. Conséquence — et c’est là qu’on s’accroche : puisque moi je ne veux pas retirer ma note, c'est lui qui le fera, tout en me disant que je ne serai pas officiellement au courant pour que je ne sois pas vraiment désavouée. Joli tour de force, non ? En bref, pour contenter tout le monde, il retire la note en question (directement sur le logiciel où nous portons nos notes du trimestre) sans que je puisse dire quoi que ce soit, puisque je ne suis pas au courant... Allez savoir pourquoi, je me sens un peu lésée dans l'histoire, et finalement complètement désavouée. Et dégoûtée...
« Et la pire des hontes pour moi, c'est que j'ai pleuré après ! Depuis ma grossesse, dès que je suis en rage, je pleure, c'est fatigant et encore plus exaspérant, donc je pleure encore plus… »
Je voudrais préciser deux ou trois choses.
Un Principal n’a pas le pouvoir d’intervenir sur la notation.
L’idée qu’il serait interdit de mettre zéro est une pure légende. Je vous mets en Note (2) la circulaire signée en 2001 par Jean-Paul de Gaudemar (oui, le même que celui de la réforme du lycée…) qui est très claire sur ce point.
Il est inadmissible qu’on cède à la moindre menace des parents. Sinon, que ne viennent-ils faire cours à notre place ?
Il est évident que tout cela participe de cette opération de dévalorisation des enseignants, lancée il y a déjà une dizaine d’années — dévalorisés dans leurs savoirs, puisque seule la Pédagogie compte, dévalorisés dans leur métier, qui ne ressemble plus beaucoup à une fonction de transmission, dévalorisés dans leurs relations à l’administration, qui se montre frileusement omniprésente, ouvrant des parapluies grands comme des parachutes dès qu’un parent d’élève élève la voix… Dévalorisés enfin face aux gamins — je ne vous dis pas l’effet que produira, dès que tout cela se saura, un tel désaveu du Maître — qui n’est plus maître à bord : son autorité, sa compétence, sont passées entre les mains d’une bande d’hallucinés qui, sous prétexte de mettre l’élève au centre, ont mis les profs au pilori.
(1) « Madame, je vous réponds en dehors du carnet de correspondance afin de pouvoir expliquer plus clairement ma position par rapport à la rédaction de votre fils. Tout d'abord, je tiens à préciser que, moi non plus, je ne suis pas satisfaite de la note de votre fils. Quant au fait qu'elle soit justifiée ou non, il me semble que le professeur qui a proposé et corrigé le devoir est bien mieux placé que vous pour en juger. Or, même si vous cautionnez les agissements de votre fils, je ne peux en aucun cas modifier mon point de vue. Effectuer des recherches sur Internet n'est absolument pas interdit, bien au contraire: c'est l'occasion de se documenter, de trouver de l'inspiration et des idées. En revanche, recopier des documents trouvés sur Internet, au mot près, en l'occurrence des vers pour ce devoir, a toujours été, est et restera un acte de tricherie. Vous ne pouvez que convenir que lorsqu'un élève recopie mot pour mot le devoir d'un autre élève, il y a tricherie. Certes, Mlle K***, dont votre fils a recopié les vers, n'est pas une élève de l'établissement. Il n'en reste pas moins que ce sont ses vers que votre fils m'a proposés pour deux strophes sur les quatre demandées : si réellement je voulais corriger des vers tirés de poèmes publiés sur Internet, j'irais les chercher moi-même; mais je n'en vois pas l'intérêt pour l'apprentissage de mes élèves. En effet, j'ose demander aux élèves des vers de leur propre composition afin de les sensibiliser à la poésie et de mettre en pratique la versification vue en cours. C'est aussi le moment pour chacun d'écrire un devoir personnel en développant son propre style: en quoi votre fils a-t-il pu développer son propre style quand je retrouve dans quatre autres copies exactement les mêmes vers mot pour mot ? Les devoirs de votre fils doivent donc être de sa propre composition afin que je puisse noter ses performances stylistiques et sa compréhension du cours et des consignes. Quant à la note attribuée, c'est bien entendu une façon de sanctionner cet acte de tricherie, qui ne peut en aucun cas être accepté, mais c'est aussi le seul moyen de rester juste envers l'élève qui sera resté honnête face à l'exercice demandé sans pour autant avoir pu atteindre les exigences du professeur, donc une bonne note…
Je me tiens bien évidemment à votre disposition pour de plus amples explications… »
(2) Voici le texte qui a pourtant mis les choses au clair :
La lettre du ministère de l'Education nationale du 20 février 2001 :
« Il semble qu'une des dispositions de ces textes, par ailleurs assez bien compris, dans l'ensemble, dans leurs intentions que dans leurs modalités de mise en oeuvre, suscite de vives réactions, voire des incompréhensions ou des inquiétudes, notamment de la part de certains enseignants.
« Il s'agit du paragraphe précisant « qu'il n'est pas permis de baisser la note d'un devoir en raison du comportement d'un élève ou d'une absence injustifiée. Les zéros doivent être proscrits. »
« Je souhaiterais lever toute ambiguïté sur le sens de ce paragraphe précis, qui ne vise en rien à réglementer les modes d'évaluation pédagogique ni à amoindrir l'autorité des enseignants.
« Cette disposition, qui établit une distinction claire entre évaluation pédagogique et domaine disciplinaire, ne signifie en aucune manière que les zéros doivent disparaître de l'évaluation du travail scolaire.
« Un devoir non remis sans excuse valable, une copie blanche rendue le jour du contrôle, une copie manifestement entachée de tricherie, ou encore un travail dont les résultats sont objectivement nuls, peuvent justifier qu'on y ait recours.
« L'évaluation du travail scolaire, domaine qui relève de la responsabilité pédagogique propre des enseignants, ne peut être contestée, car elle est fondée sur leur compétence disciplinaire.
« Toutefois, cette évaluation ne doit pas être altérée par des considérations tenant au comportement des élèves. En effet, un comportement en classe, inadapté ou perturbateur, ne peut être sanctionné par une baisse de note ou par un zéro entrant dans la moyenne de l'élève. Relevant du domaine disciplinaire, il doit cependant être sanctionné d'une autre manière, prévue dans la liste des punitions scolaires ou des sanctions disciplinaires.
« Pour ce qui est de l'absence à un contrôle de connaissances, si elle est justifiée, une épreuve de remplacement peut être mise en place ; si elle est injustifiée, elle implique une absence de notation qui aura une incidence sur la moyenne, calculée en fonction du nombre d'épreuves organisées au cours de la période de notation.
En tout état de cause, ce texte ne prévoit en rien de faire bénéficier un élève volontairement absentéiste d'une moyenne supérieure à celle qu'il mérite.
« Ces dispositions, expliquées et comprises, contribueront, j'en suis sûr, à asseoir la crédibilité et l'autorité des enseignants sur des bases claires et équitables, permettant ainsi aux élèves de disposer de repères établis en toute transparence par les adultes. »
Cette lettre est signée par Jean-Paul de Gaudemar (directeur de l'enseignement scolaire) et M. Daubresse (IA, directeur des services départementaux de l'EN)
À tirer et à afficher dans toutes les salles de profs de France et de Navarre !"
Source : Jean-Paul Brighelli - Blogueur associé | Vendredi 08 Mai 2009 à 07:00
12:52 Publié dans Zévénements et actu | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
02.04.2009
On aura tout entendu
Après une heure d'inspection, l'inspecteur à sa victime, moitié-gothique, moitié geek :
"Monsieur, votre cours allait à peu près. Mais vous mettez trop de distance entre vous et vos élèves. Vous portez trop de noir"
...
Je ne savais pas que l'Education nationale avait des actions chez Cosmo.
22:03 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : inspection
31.03.2009
Brèves d'école en vrac
Séance sur l'orientation avec ma classe de troisième :
L'élève, soucieux de son avenir :
"Madame, plus tard je veux être kamikaze. Je veux poser des bombes sous le mur des lamentations."
Moi, sidérée par tant de haine à 14 ans :
" Cette guerre n'est pas ta guerre, tu dois respecter les religions de chacun."
Il y a des jours comme ça où je me sens nulle...
Passage devant la salle de cours d'un de mes collègues. Bruit indescriptible. J'entre dans sa salle.
Le prof :
"Il m'a jeté une chaise à la figure."
Moi, sidérée par tant de haine à 11 ans :
"Machin ! ramasse cette chaise. Et viens dans ma classe. On règlera ça plus tard."
Il y a des jours comme ça où je n'aimerais pas être une chaise...
Visite au salon des métiers. Mes élèves ont tous un questionnaire à remplir. Une manière comme une autre de les intéresser à leur orientation. D'éviter d'en retrouver la moitié au bar d'en face. Et l'autre moitié à fomenter des plans kamikazes.
Une élève, essouflée et visiblement choquée, court dans ma direction :
"Madame, le type là-bas, il a dit que votre questionnaire était débile."
Moi, sidérée par tant d'incompétence de la part d'un adulte (le type en question étant un intervenant du salon) je m'adresse à l'intéressé :
"Vous avez dit que mon questionnaire était débile ?"
Lui, courageux mais pas téméraire :
"Non. C'est faux. C'est juste que je ne suis pas une machine à réponses."
Il y a des jours comme ça où moi aussi j'aimerais avoir le droit de jeter des chaises...
Lecture rapide de quelques rapports d'exclusion, rédigés dans la semaine :
En vrac :
"L'élève X a tiré les cheveux de sa prof. 2 jours d'exclusion."
"L'élève X a jeté une bombe à eau sur sa prof. 4 jours d'exclusion."
"L'élève X a apporté un Taser dans l'enceinte du collège. 3 jours d'exclusion"
"L'élève X a montré son sexe pendant le cours de français. 8 jours d'exclusion"
"L'élève X a traité son prof de sale "Pédé" et de sale juif. Sauvé au conseil de discipline."
Sidérée, j'en déduis :
"Le racisme, le sexe, la violence et l'homophobie sont presque aussi dangereux qu'une bombe à eau"
Il y a des jours comme ça où j'aimerais rester dans mon lit.
Bruits de couloirs.
Une classe de 4e annonce :
"Madame C. sera absente. Elle s'est battue en conseil de classe avec Madame B. Madame B. l'aurait violemment griffée au visage".
Madame B. (c'est-à-dire moi), sidérée par l'humour sans faille de mes élèves :
"..." J'ai juste éclaté de rire. C'est de loin la nouvelle la plus drôle de ce début de semaine.
Il y a des jours comme ça où la bonne humeur peut naître de la plus petite étincelle...
06:43 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note

