09.05.2009

L'éducation nationale, c'est Darty


Une enseignante avait attribué un zéro à un élève qui le méritait amplement. Que croyez-vous qu'il arrivât? L'enseignante s'est fait taper sur les doigts. A l'Education Nationale comme chez Darty, le client est roi !

"Une enseignante de mes amies est dans les ennuis.
Il y a quelques jours, elle donne en classe une rédaction (si ! elle a osé !) qui consistait (je vous donne le sujet comme elle me l’a fourni, et peu importe ce que j’en pense) à écrire un sonnet de son invention, en décasyllabes et / ou alexandrins, fictivement rédigé par un Résistant pour en motiver d’autres. Bref, un addendum à l’Honneur des poètes.
Elle a bien précisé qu’il s’agissait d’un sujet personnel, préfiguration des « sujets d’invention » qu’ils auraient au lycée, etc.

L’un de ses loustics a trouvé moyen de dénicher sur Internet un poème à peu près adéquat, rédigé par un quidam quelconque, qu’il a recopié tout simplement « avec l’autorisation de sa mère… »
Bref, la collègue s’en aperçoit, et met 0 au garnement (et à trois autres canaillous qui avaient eu la mauvaise idée de recopier sur son épaule…). Avec une heure de retenue en sus — faudrait quand même pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, comme disait Audiard.

Que fit la maman ? Elle a écrit à la prof qu’elle trouvait son comportement inadmissible, la note indigne, bref, qu’elle portait réclamation…

On se croirait dans un centre commercial. Ce n’est plus Darty, c’est Antibi ou Sébastien Clerc : « Moi, je vous mets 10 au minimum pour ne pas vous humilier, si vous trouvez plus bas, plaignez-vous, Sainte Pédagogie vous remboursera la différence… »


L’enseignante, un peu piquée au vif, a répondu par une (trop) longue lettre que je vous livre in extenso en Note (1).

La réponse n’a pas tardé : la mère courroucée a déboulé chez le Principal du collège, en exigeant un rendez-vous — afin de laver la tête d’une prof si mal embouchée…

Rendez-vous fut pris, et qu’en résulta-t-il ?
Je lui laisse la parole — parce qu’il y a une certaine qualité d’émotion dont le ministre devrait tenir compte, en ces temps où paraissent des livres qui s’inquiètent de la santé psychologique d’enseignants au bout du rouleau — j’en parlerai à l’occasion.



« Tout a très mal commencé : la mère devant son fils, dans ses petits souliers — m'a directement annoncé qu'elle était très en colère contre moi. Je lui ai fait remarquer que ce n'était pas de ma faute s'il avait triché, mais elle s'est tout de suite focalisée sur le zéro. Le but de son déplacement était clair: faire retirer ce zéro « car un zéro, ça fout la scolarité en l'air », bien entendu! J'ai répondu qu'au milieu de 15 notes (j'en suis déjà à 11), si les autres étaient bonnes, ça ne changeait pas grand chose, mais bon, « un zéro c'est inacceptable », donc faut changer tout ça, car après tout le client est roi... Hein? Comment ça ? on n'est pas dans un supermarché ? Je ne m'en étais pas rendu compte !

« Bref, je reviens à ma mère d'élève et ses arguments oiseux : « Il n'avait pas rendu copie blanche, il n'était pas au courant, j'aurais dû préciser les règles » (là, agacée j'ai répondu que si je devais donner toutes les règles de base à chaque cours, je n'en finissais pas et qu'il me semblait évident qu'il ne fallait pas tricher, et que cela devait paraître évident à un élève aussi intelligent que son fils…). Là où elle a réussi à me faire mal, c'est quand elle a abordé de façon générale la gestion de mes cours : je fais peur aux élèves (et c'est bien le terme employé!) et en leur annonçant que j'étais rancunière (propos tenus envers certains petits insolents effectivement), je coupais ainsi toute tentative de dialogue. Bref, je suis « l’un de ces professeurs juchés sur leur piédestal qui ne veut même pas entendre les propos de leurs élèves ». À croire qu'elle savait ce qui pourrait me faire craquer (puisqu'elle a insisté sur les problèmes que son fils aurait s'il m'avait de nouveau l'année prochaine — sous-entendu : vous êtes une mauvaise prof). J'ai quand même tenu bon, et après avoir essayé de m'apitoyer (« son fils est très malade, une maladie liée à l'anxiété... » vu la mère qu'il a, je ne suis pas surprise, parce que la situation dans laquelle il était pendant l'entretien n'était pas facile! Il a même fallu que je le rassure après le cours de ce matin en précisant que l'entretien avec sa mère ne changerait pas ma manière d'être avec lui !), elle en est venue au dernier argument : si je ne retire pas le zéro, c'est elle qui retire son fils du collège. « Très bien Madame, vous verrez ça avec le Principal.

« C'était la première manche, et j'étais déjà un peu énervée. Mais le plus amusant fut l'entretien qui a suivi avec le Principal, qu'elle est effectivement allée voir pendant que j'étais en cours. Nouvelle menace de retirer le fils. Conséquence — et c’est là qu’on s’accroche : puisque moi je ne veux pas retirer ma note, c'est lui qui le fera, tout en me disant que je ne serai pas officiellement au courant pour que je ne sois pas vraiment désavouée. Joli tour de force, non ? En bref, pour contenter tout le monde, il retire la note en question (directement sur le logiciel où nous portons nos notes du trimestre) sans que je puisse dire quoi que ce soit, puisque je ne suis pas au courant... Allez savoir pourquoi, je me sens un peu lésée dans l'histoire, et finalement complètement désavouée. Et dégoûtée...

« Et la pire des hontes pour moi, c'est que j'ai pleuré après ! Depuis ma grossesse, dès que je suis en rage, je pleure, c'est fatigant et encore plus exaspérant, donc je pleure encore plus…
»

Je voudrais préciser deux ou trois choses.
Un Principal n’a pas le pouvoir d’intervenir sur la notation.
L’idée qu’il serait interdit de mettre zéro est une pure légende. Je vous mets en Note (2) la circulaire signée en 2001 par Jean-Paul de Gaudemar (oui, le même que celui de la réforme du lycée…) qui est très claire sur ce point.
Il est inadmissible qu’on cède à la moindre menace des parents. Sinon, que ne viennent-ils faire cours à notre place ?

Il est évident que tout cela participe de cette opération de dévalorisation des enseignants, lancée il y a déjà une dizaine d’années — dévalorisés dans leurs savoirs, puisque seule la Pédagogie compte, dévalorisés dans leur métier, qui ne ressemble plus beaucoup à une fonction de transmission, dévalorisés dans leurs relations à l’administration, qui se montre frileusement omniprésente, ouvrant des parapluies grands comme des parachutes dès qu’un parent d’élève élève la voix… Dévalorisés enfin face aux gamins — je ne vous dis pas l’effet que produira, dès que tout cela se saura, un tel désaveu du Maître — qui n’est plus maître à bord : son autorité, sa compétence, sont passées entre les mains d’une bande d’hallucinés qui, sous prétexte de mettre l’élève au centre, ont mis les profs au pilori.

(1) « Madame, je vous réponds en dehors du carnet de correspondance afin de pouvoir expliquer plus clairement ma position par rapport à la rédaction de votre fils. Tout d'abord, je tiens à préciser que, moi non plus, je ne suis pas satisfaite de la note de votre fils. Quant au fait qu'elle soit justifiée ou non, il me semble que le professeur qui a proposé et corrigé le devoir est bien mieux placé que vous pour en juger. Or, même si vous cautionnez les agissements de votre fils, je ne peux en aucun cas modifier mon point de vue. Effectuer des recherches sur Internet n'est absolument pas interdit, bien au contraire: c'est l'occasion de se documenter, de trouver de l'inspiration et des idées. En revanche, recopier des documents trouvés sur Internet, au mot près, en l'occurrence des vers pour ce devoir, a toujours été, est et restera un acte de tricherie. Vous ne pouvez que convenir que lorsqu'un élève recopie mot pour mot le devoir d'un autre élève, il y a tricherie. Certes, Mlle K***, dont votre fils a recopié les vers, n'est pas une élève de l'établissement. Il n'en reste pas moins que ce sont ses vers que votre fils m'a proposés pour deux strophes sur les quatre demandées : si réellement je voulais corriger des vers tirés de poèmes publiés sur Internet, j'irais les chercher moi-même; mais je n'en vois pas l'intérêt pour l'apprentissage de mes élèves. En effet, j'ose demander aux élèves des vers de leur propre composition afin de les sensibiliser à la poésie et de mettre en pratique la versification vue en cours. C'est aussi le moment pour chacun d'écrire un devoir personnel en développant son propre style: en quoi votre fils a-t-il pu développer son propre style quand je retrouve dans quatre autres copies exactement les mêmes vers mot pour mot ? Les devoirs de votre fils doivent donc être de sa propre composition afin que je puisse noter ses performances stylistiques et sa compréhension du cours et des consignes. Quant à la note attribuée, c'est bien entendu une façon de sanctionner cet acte de tricherie, qui ne peut en aucun cas être accepté, mais c'est aussi le seul moyen de rester juste envers l'élève qui sera resté honnête face à l'exercice demandé sans pour autant avoir pu atteindre les exigences du professeur, donc une bonne note…

Je me tiens bien évidemment à votre disposition pour de plus amples explications… »


(2) Voici le texte qui a pourtant mis les choses au clair :

La lettre du ministère de l'Education nationale du 20 février 2001 :

« Il semble qu'une des dispositions de ces textes, par ailleurs assez bien compris, dans l'ensemble, dans leurs intentions que dans leurs modalités de mise en oeuvre, suscite de vives réactions, voire des incompréhensions ou des inquiétudes, notamment de la part de certains enseignants.
« Il s'agit du paragraphe précisant « qu'il n'est pas permis de baisser la note d'un devoir en raison du comportement d'un élève ou d'une absence injustifiée. Les zéros doivent être proscrits. »
« Je souhaiterais lever toute ambiguïté sur le sens de ce paragraphe précis, qui ne vise en rien à réglementer les modes d'évaluation pédagogique ni à amoindrir l'autorité des enseignants.
« Cette disposition, qui établit une distinction claire entre évaluation pédagogique et domaine disciplinaire, ne signifie en aucune manière que les zéros doivent disparaître de l'évaluation du travail scolaire.
« Un devoir non remis sans excuse valable, une copie blanche rendue le jour du contrôle, une copie manifestement entachée de tricherie, ou encore un travail dont les résultats sont objectivement nuls, peuvent justifier qu'on y ait recours.
« L'évaluation du travail scolaire, domaine qui relève de la responsabilité pédagogique propre des enseignants, ne peut être contestée, car elle est fondée sur leur compétence disciplinaire.
« Toutefois, cette évaluation ne doit pas être altérée par des considérations tenant au comportement des élèves. En effet, un comportement en classe, inadapté ou perturbateur, ne peut être sanctionné par une baisse de note ou par un zéro entrant dans la moyenne de l'élève. Relevant du domaine disciplinaire, il doit cependant être sanctionné d'une autre manière, prévue dans la liste des punitions scolaires ou des sanctions disciplinaires.
« Pour ce qui est de l'absence à un contrôle de connaissances, si elle est justifiée, une épreuve de remplacement peut être mise en place ; si elle est injustifiée, elle implique une absence de notation qui aura une incidence sur la moyenne, calculée en fonction du nombre d'épreuves organisées au cours de la période de notation.
En tout état de cause, ce texte ne prévoit en rien de faire bénéficier un élève volontairement absentéiste d'une moyenne supérieure à celle qu'il mérite.
« Ces dispositions, expliquées et comprises, contribueront, j'en suis sûr, à asseoir la crédibilité et l'autorité des enseignants sur des bases claires et équitables, permettant ainsi aux élèves de disposer de repères établis en toute transparence par les adultes. »

Cette lettre est signée par Jean-Paul de Gaudemar (directeur de l'enseignement scolaire) et M. Daubresse (IA, directeur des services départementaux de l'EN)

À tirer et à afficher dans toutes les salles de profs de France et de Navarre !"

 

Source : Jean-Paul Brighelli - Blogueur associé | Vendredi 08 Mai 2009 à 07:00

02.04.2009

On aura tout entendu

Après une heure d'inspection, l'inspecteur à sa victime, moitié-gothique, moitié geek :

"Monsieur, votre cours allait à peu près. Mais vous mettez trop de distance entre vous et vos élèves. Vous portez trop de noir"

...

Je ne savais pas que l'Education nationale avait des actions chez Cosmo.

31.03.2009

Brèves d'école en vrac

Séance sur l'orientation avec ma classe de troisième :

L'élève, soucieux de son avenir :

"Madame, plus tard je veux être kamikaze. Je veux poser des bombes sous le mur des lamentations."

Moi, sidérée par tant de haine à 14 ans :

" Cette guerre n'est pas ta guerre, tu dois respecter les religions de chacun."

Il y a des jours comme ça où je me sens nulle...

 

Passage devant la salle de cours d'un de mes collègues. Bruit indescriptible. J'entre dans sa salle.

Le prof :

"Il m'a jeté une chaise à la figure."

Moi, sidérée par tant de haine à 11 ans :

"Machin ! ramasse cette chaise. Et viens dans ma classe. On règlera ça plus tard."

Il y a des jours comme ça où je n'aimerais pas être une chaise...

 

Visite au salon des métiers. Mes élèves ont tous un questionnaire à remplir. Une manière comme une autre de les intéresser à leur orientation. D'éviter d'en retrouver la moitié au bar d'en face. Et l'autre moitié à fomenter des plans kamikazes.

Une élève, essouflée et visiblement choquée, court dans ma direction :

"Madame, le type là-bas, il a dit que votre questionnaire était débile."

Moi, sidérée par tant d'incompétence de la part d'un adulte (le type en question étant un intervenant du salon) je m'adresse à l'intéressé :

"Vous avez dit que mon questionnaire était débile ?"

Lui, courageux mais pas téméraire :

"Non. C'est faux. C'est juste que je ne suis pas une machine à réponses."

Il y a des jours comme ça où moi aussi j'aimerais avoir le droit de jeter des chaises...

 

Lecture rapide de quelques rapports d'exclusion, rédigés dans la semaine :

En vrac :

"L'élève X a tiré les cheveux de sa prof. 2 jours d'exclusion."

"L'élève X a jeté une bombe à eau sur sa prof. 4 jours d'exclusion."

"L'élève X a apporté un Taser dans l'enceinte du collège. 3 jours d'exclusion"

"L'élève X a montré son sexe pendant le cours de français. 8 jours d'exclusion"

"L'élève X a traité son prof de sale "Pédé" et de sale juif. Sauvé au conseil de discipline."

Sidérée, j'en déduis :

"Le racisme, le sexe, la violence et l'homophobie sont presque aussi dangereux qu'une bombe à eau"

Il y a des jours comme ça où j'aimerais rester dans mon lit.

 

Bruits de couloirs.

Une classe de 4e annonce :

"Madame C. sera absente. Elle s'est battue en conseil de classe avec Madame B. Madame B. l'aurait violemment griffée au visage".

Madame B. (c'est-à-dire moi), sidérée par l'humour sans faille de mes élèves :

"..." J'ai juste éclaté de rire. C'est de loin la nouvelle la plus drôle de ce début de semaine.

Il y a des jours comme ça où la bonne humeur peut naître de la plus petite étincelle...

23.01.2009

Une fin de semaine ordinaire

Vendredi matin : arrivée 8h. La serrure de mon casier n'est maheureusement pas bouchée.  Il vomit déjà de documents de toutes sortes.

9 heures. Une heure de cours à rattraper avec mes troisièmes. J'ai comme un drôle de pressentiment qui me trotte dans la tête depuis ce matin, au réveil. L'heure se passe. Rien de grave n'est arrivé. Laissons les pressentiments au casier, avec toutes ces autres choses futiles.

10 heures. Récréation. Les policiers ont débarqué. Des élèves les ont caillassés. Je reste étanche à toute information extérieure mettant en péril mes chakras... Je souhaite rester positive aujourd'hui. Ce soir, c'est le week end.

Pause jusqu'à 11 heures. J'en profite pour corriger des copies. Etrangement, je me sens détendue. Les copies sont plutôt bonnes. Un sentiment de fierté s'empare de moi. Je le laisse profiter de cet instant rare.

11 heures. Confiante, je monte les trois étages qui mènent à ma salle. Aucun détritus. Pas de restes calcinés. Rien à signaler. Confiante j'entre la clé dans ma serrure. Le geste de trop. L'écorce de graine de tournesol s'enfonce vicieusement. Rien à faire. La serrure est bloquée. C'est la goutte d'eau. Je ne prendrai pas mes élèves cette fois-ci. Je les laisse en permanence. Je rédige un signalement interne "Serrure bouchée. Stop. Plusieurs fois cette semaine. Stop. Porte condamnée. Stop. Ras le bol général. Stop. Révolte intérieure". Je croise la principale. Je déverse mon fiel. "Madame, nous ne sommes pas en sécurité dans ce collège. Mes élèves sont en permanence. Marre de cette ambiance. Il faut faire quelque chose...".

Midi. J'oublie ma peine dans l'alcool la ratatouille servie à la cantine.

13h30. Retour en classe. Serrures bouchées. Coup d'épingle à nourrice. Rien à faire. La salle de ma collègue communique avec la mienne. J'hésite. Je me lance. Je dois faire cours. Mes élèves ont besoin de moi. Le brevet est à la fin de l'année. J'ouvre ma porte de l'intérieur. Mes élèves sont ravis de faire cours. Ils me sourient. Je les aime malgré moi, malgré tout.

15h30. Pause. La machine à café est cassée. C'est la tragédie de la journée.

15h40. Retour en cours. Rien à signaler. Je fais mon boulot de prof. Ils font leur boulot d'élèves. Je les aime. Encore et toujours. Je suis maudite.

16h30. Accompagnement éducatif. Avec trois élèves de troisième, nous révisons les classes grammaticales et les fonctions. Ils en savent des choses. Un sentiment de fierté reprend le dessus. Les petits soucis de la journée ne sont que de vagues souvenirs. C'est pour eux que je me lève tous les matins. Et ça vaut bien quelques serrures bouchées.

17h30. "Au-revoir madame. Passez un bon week-end. Reposez-vous bien. - Au-revoir mes petits. Prenez soin de vous. Ne me laissez pas tomber lundi. C'est pour vous que je vis".

19h30. Je sirote une bière. Elle a le goût du week-end. Pause sur ma vie jusqu'à lundi.

22.01.2009

Une semaine ordinaire

Lundi : Arrivée 9 heures. Je n'ai pas cours le lundi matin mais j'ai rendez-vous avec des parents. On me pose un lapin. Encore.

15h30. Départ de feu au troisième étage. Mes pieds jouent les extincteurs. Le soir, on apprend que des élèves ont sur eux des pistolets à billes. Une rumeur court : il s'agirait peut-être même d'un taser.

Mardi. Arrivée 8 heures. Rien à signaler.

Pause de 10 heures. Serrures bouchées. J'emprunte un compas. Je joue du crochet.  L'objet du crime : des graines de tournesol. Je débouche. Pause de midi.

13h30. Serrures bouchées. Je garde mon calme. J'emprunte une épingle à nourrice. Graines de tournesol et gomme à mâcher. Je joue une nouvelle fois du crochet. Je débouche.

Pause de 15h30. Serrures bouchées. Un deux trois. Je respire. Je me félicite d'avoir eu l'excellente idée de conserver l'épingle à nourrice. Je joue du crochet. Je débouche.

Mardi soir. Réunion parents-profs. Seuls les parents d'élèves pertubateurs ou absentéistes ont été convoqués. Malheureusement la salle de réunion n'a pas été bouchée. J'apprends que je dois éduquer leurs enfants. Un deux trois je respire. J'écoute. Je souris. J'encaisse. j'apprends que dire à une élève "c'est l'hôpital qui se fout de la charité est une insulte". Je doute de mes capacités en langue française. L'enfant roi est roi. Le prof est par définition en tort. Quoiqu'il arrive. Mes chakras se bouchent. Mes oreilles aussi.

19h00. Arrivée à la maison. Je me venge sur une boîte de Pringles. Envie de bière. Pas de bière.

Mercredi matin. Pas cours. Le collège vit sans moi. Et je ne m'en porte pas plus mal.

Jeudi matin. Arrivée 8 heures. J'apprends que la veille un de mes collègues s'est fait agresser verbalement. "A poil machin. Machin t'es un sale schtroumpf. Je vais te faire la schtroumpf. Gros schtroumpf". Aucune réaction de l'administration. Les élèves concernés se promènent en toute impunité dans le collège. On les acclame déjà comme des héros.

10 heures. J'ai cours. Je sors ma fidèle épingle à nourrice. J'ôte délicatement la gomme à mâcher qui l'obstrue.

Pause de midi. On parle de mon collègue à la cantine. On désigne deux volontaires pour s'entretenir avec la principale. J'en suis. On exige le conseil de discipline. Elle rechigne. On menace. Elle explique que, de toute façon, Machin ne s'en sort avec aucune classe. On garde notre calme. Ceci ne justifie pas cela. On menace de débrayer. Encore. On la laisse réfléchir. On obtient le conseil.

13h30. Débouchage quotidien de serrures. Cours.

15h30. Pause. Retour en salle des profs. On apprend que des élèves on fait entrer un serpent (mort) en salle d'arts plastiques.

15h40. Retour en cours. J'ouvre ma porte... avec une clé. De temps en temps, ça arrive encore.

16h30. Fin de mon cours. Je reste pour travailler un peu dans ma salle. J'entends hurler au feu. Départ de feu dans les couloirs. Quelqu'un l'a éteint.

16h40. J'entends de nouveau des hurlements. On égorge quelqu'un. Ou alors on répète pour une pièce de théâtre, pièce retraçant la vie du collège. Non. C'est juste une collègue qui a du mal avec sa classe. C'est peu dire. Impossible de travailler. Je range mes affaires. J'interviens dans le cours de la dite collègue. je fais la morale. Les élèves ne bronchent pas. Ils sont en sixième. Intérieurement, je me demande comment des élèves si petits peuvent arriver à transformer une salle de cours en la décharge publique qui s'étend sous mes yeux : papiers de bonbons, feuilles déchirées, graines de tournesol (tiens tiens... y aurait-il un lien ?), crayons cassés, stylos machouillés, chaises retournées, tables renversées. Pire que dans le pire de mes pires cauchemars. Je laisse ma collègue, gérer ce qu'il reste à gérer..

18h30. Suis contente de rentrer à la maison. Je sirote une bière. J'oublie peu à peu les tumultes de ma vie professionnelle. Retour à la vie normale. Mais inconsciemment, j'imagine déjà de quoi sera fait demain. Incendie ? Passage à tabac d'un collègue ? Introduction d'armes à feu dans le collège ? Menaces de mort ? Usage de pitbulls pour intimider le prof ? et le pire... faire cours dans le calme, le luxe et la volupté. 

09.01.2009

La provence sous la neige

Vivre et enseigner dans le sud a ses avantages. Nous sommes des privilégiés... Parfois, cependant, le climat n'est pas clément.

L'été, on a la chance de pouvoir travailler jusqu'en juillet. Mais parfois, les cours se terminent officieusement début mai, voire mi-avril quand le soleil est de bonne humeur. Les élèves, très indépendants et autonomes dans ces régions, savent que ce soleil de plomb pourrait nuire à leurs facultés intellectuelles. Ils troquent donc le cartable contre claquettes, casquettes et caleçon de bain et courent jusqu'à la plage la plus proche pour s'hydrater. La cour de récré déserte, décue de ne plus profiter des crachats et ordures de toutes sortes qui la jonchent habituellement, profite de ce repos de trois mois pour se refaire une santé. Les arbres, attristés par le fait de ne plus voir leurs branches mises à rude épreuve, arrachées, coupées, tordues, cassées, broyées, déploient leur feuillage, comme un appel au secours. Les oiseaux, les écureuils et autres chats errants sortent le nez de leur tanière, cherchant une âme généreuse, prête à leur jeter des pierres et à les torturer, bref à leur redonner le goût de la vie... Et les profs, ces pauvres êtres sans travail, sont désemparés : déçus de ne pouvoir enseigner, ils profitent de ce temps libre pour improviser des réunions pédagogiques, afin de mettre en place de nouvelles activités pour l'année scolaire à venir (jeux de cartes, trivial pursuit, pétanque)

L'hiver, on pourrait croire que nous sommes à l'abri, que nous avons la chance de pouvoir travailler, au frais, sans encombres... On se trompe, il est fréquent de nous voir obligés de rester à la maison, pour cause de météo capricieuse...

En effet, ici, on ne sait pas gérer la pluie. Et on gère encore moins bien la neige.  

Le provençal, le vrai, se voit totalement paralysé quand devant chez lui s'etend un champ enneigé... de plus d'un centimètre d'épaisseur.

Le provençal n'est pas équipé pour affronter les grands froids. A zéro degré, il reste donc chez lui. Il est effrayé. S'il doit sortir, pour une urgence, il doit se parer pour affronter le grand froid : il enfile des bottes lunaires, accumule les épaisseurs de tissu, enfonce un bonnet sur sa tête, n'oublie pas le cache-oreilles, et surtout, sort les raquettes, achetées il y a quelques années, lors de vacances d'hiver passées à Praloup...

Mais pas question d'aller au travail. Même avec la meilleure volonté. Ce serait trop dangereux. Il ne sait plus conduire. Il ne peut pas se déplacer. Et puis, de toute façon, les routes sont bloquées. On a pu voir des provençaux courageux, et dotés d'une véritable conscience professionnelle, qui ont tenté de poser leurs roues sur le bitume... Mais à peine ont-ils parcouru un mètre qu'ils se sont retrouvés au milieu de la chaussée, se voyant aussitôt rejoints par d'autres téméraires collègues, et immobilisant ainsi toute une région.

Nous ne sommes décidément pas équipés pour affronter ce type d'intempéries... Mieux vaut rester prudents et chez soi... à faire de la luge, des batailles de boules de neige, des bonhommes de neige et parfois, quand le temps le permet, les soldes.

Mais faisons taire les mauvais esprits. Le provençal n'est ni flemmard, ni profiteur. Le provençal est un travailleur et si, par hasard, il rate une journée de travail, c'est parce qu'il n'a pas le choix...

On a d'ailleurs pu voir, il y a quelques jours encore, dans certains quartiers marseillais, de jeunes gens intrépides, tentant, par tous les moyens, snow-board, luge, ski, mini-ski, et au risque de leurs vies, d'accéder à leurs lieux de travail...  La vidéo ci-dessous en est la preuve...

 

19.11.2008

Manif virtuelle

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08.11.2008

De l'absurdité du système

Depuis trois années déjà, tout bon salarié français se doit d'offrir à la communauté un jour de salaire afin de maintenir en vie, le plus longtemps possible, les personnes âgées issues du baby boom, afin de leur verser, le plus longtemps possible, des pensions de retraite. Cette journée s'appelle "La journée de solidarité" et se déroule généralement le lundi de Pentecôte. Nous sommes en territoire laïc !

Les enseignants, évidemment, doivent eux aussi se plier à cette règle. Car ne l'oublions pas, l'enseignant français, avant d'être un fonctionnaire, est aussi, et avant tout, un salarié.

Depuis trois ans déjà, on leur demande de se rendre à leurs établissements respectifs, le lundi de Pentecôte, afin d'exercer leur métier gratuitement... Notons que les élèves, n'étant pas salariés, restent chez eux ce jour-là et profitent ainsi des joies des jours fériés devant la télévision, puisque leurs parents, salariés, travaillent gratuitement ce jour-là...

Difficile à suivre non ? Mais ce n'est là que le début...

Ces enseignants exercent donc leur métier, ce jour-là, gratuitement, sans élèves. Mais un enseignant sans élève est un enseignant mort. Aussi, afin de le maintenir en vie et de lui permettre de payer le plus longtemps possible les retraites des personnes âgées pour qui il travaille, ce jour-là, gratuitement, les chefs d'établissement ont pour mot d'ordre de les occuper. Au départ, on avait dans l'idée de leur apprendre la couture, la peinture sur soie, le macramé... Mais ça ne faisait pas très sérieux. Les chefs d'établissement se sont donc tous mis d'accord et ont mis en place des réunions de toutes sortes...

Ce jour-là, l'enseignant se réunit donc avec ses comparses. On les place généralement dans des salles de cours, emplies encore des ondes positives de la science et du savoir, afin de minimiser les effets du stress dû à l'absence d'élève... Des groupes d'enseignants sont ainsi formés.

On demande à chacun des groupes de réfléchir à des questions d'éducation majeures, vitales et nécessaires : "Gérer la violence scolaire", "Echec et réussite au sein d'un collège classé ZEP", "Orientation en fin de troisième", "Désorientation en début de sixième", "Section chinois en sixième", "Apprendre à lire : option du nouveau baccalauréat ?", "Comment faire des économies de photocopies", "Quelles autres réunions pouvons-nous mettre en place l'année prochaine", "Qui a volé l'orange ?"...

Durant des heures entières, l'enseignant tente de résoudre, avec ses acolytes, ces questions existentielles. Il est curieux, d'ailleurs, de voir, à quel point l'enseignant prend cette tâche au sérieux. Il est beau de le voir ainsi penché sur sa copie. Se grattant de temps en temps le front pour trouver une idée lumineuse. Prenant parfois la parole pour faire avancer le débat. Ecoutant les arguments des autres. Les prenant en compte. Mordillant nerveusement les branches de ses lunettes. Retournant au pas de course se chercher un café afin de donner un peu d'énergie à ses neurones.

Parfois les débats deviennent violents. L'enseignant n'est pas toujours d'accord avec ses camarades d'infortune. Même si l'enseignant est un petit animal pacifiste, il est difficile de ne pas s'emballer devant  des questions cruciales du type "Mettre une note sur vingt n'est-ce pas finalement stigmatiser l'élève en situation d'échec scolaire ? Ne doit-on pas, plutôt, mettre l'élève en situation de réussite, en utilisant par exemple des gommettes de couleur, ou pourquoi pas des smileys ou bien encore en cessant de noter et en demandant à l'élève de s'auto-évaluer"...

Mais l'allégresse reprend rapidement le pas sur les tensions intellectuelles grâce à quelques anecdotes amusantes, glissées çà et là, sur des élèves ou sur une expérience de cours atypique : l'enseignant se débarrasse ainsi de cette terrible angoisse, liée à l'absence d'élève.

A l'issue de ces réflexions, l'enseignant retrouve les autres groupes en salle de permanence, lors d'une réunion plénière de fin de journée. Chaque groupe est stratégiquement installé devant des tables de travail, toutes estampillées de citations d'élèves : "J + M = AESD", "Madame Machine est une...", "Je vé te n... à la fin du cour", "M. Machin est un...", "Cé Michal ki à volé l'orange"... L'enseignant se sent alors pousser des ailes... Grâce à lui, les élèves ont appris à exprimer leurs angoisses et maîtrisent parfaitement l'écriture poétique. Qu'il est beau de voir Quentin déclarer sa flamme à Myriam, en lui proposant de travailler sur un exposé sur la déesse grecque de la victoire, "Niké". Et puis ces marques d'affection envers leurs professeurs, passant par l'ironie et l'autodérision. Quel beau métier tout de même ! L'enseignant est donc prêt à partager, avec les autres groupes, le fruit de ses réflexions.

A la fin la journée, l'enseignant est gonflé de savoir. Il a la sensation d'avoir été utile à son prochain. Après avoir remercié son chef d'établissement, il repart donc chez lui, ragaillardi, impatient de revoir ses élèves et de mettre en application ce qu'il a appris.

Et les personnes âgées dans tout ça ? A la fin du mois, le salaire de l'enseignant n'aura pas changé. Au cours de la journée de solidarité, il n'aura rien produit, c'est-à-dire rien de quantifiable financièrement. Il n'aura donc, concrètement, rien versé aux maisons de retraite. Il est donc fort possible (et c'est la seule solution) que les chef d'établissements fassent parvenir au ministère un bilan de la journée. Le ministre se rend ensuite dans les maisons de retraite et met en place des réunions, avec des groupes de personnes âgées (certaiment d'anciens enseignants d'ailleurs !), afin de réfléchir au contenu des dossiers qu'il a précédemment reçus. Et tout cela gratuitement ! La boucle est bouclée !

02.09.2008

Cinquième rentrée

Toujours les mêmes têtes. Le même bronzage. Les mêmes récits de vacances, confiés entre deux réunions. Les mêmes petites quiches au goût doux amer de septembre.

Personne n'a encore réellement pris conscience que c'était terminé, une fois de plus. Deux mois de vacances c'est beaucoup mais si peu. Certains ont encore les tongs aux pieds, la crème solaire dans un coin de leur sac, au cas où. On a, pour la plupart, laissé notre costume de prof au placard. On attend encore un peu. Histoire de prolonger l'illusion des vacances. On le sortira demain. Quand ce ne sera plus pour du beurre mais face aux élèves.

Toujours les mêmes qui s'impatientent durant le long discours moralisateur et politiquement bien pensant du principal. Un seul et même souci : les emplois du temps. Et ce seront les même que ceux de l'an dernier qui râleront : pas les bons jours de congés une honte de travailler le vendredi après-midi et pourquoi ce trou de deux heures le mardi matin j'avais pourtant demandé qu'on me libére les mercredis jeudis vendredis j'ai une famille moi c'était pourtant pas compliqué quatre heures de cours à la suite c'est un scandale je suis fonctionnaire de l'état moi madame comment ça je suis privilégié je n'ai eu que deux mois de vacances je vais me plaindre au SNES et ensuite à mon médecin...

Toutes les prérentrées se ressemblent. Et pourtant. Tous les ans ce sont les mêmes angoisses nocturnes qui pointent leur nez. Juste quelques semaines avant le jour fatidique. Les mêmes cauchemars. On rêve de chahut dans une classe. On se voit impuissant face à une marmaille bien décidée à être encore en vacances. On se pense incapable d'enseigner, que l'on ait un an, cinq ans ou trente ans d'expérience.

Le bronzage extérieur n'est qu'un leurre : à l'intérieur on sent déjà la déprime de décembre, le poids des cernes sous les yeux, la folle ronde des conseils de classe, des réunions parents profs, les heures de correction, les nuits blanches, les injustices, la violence, la satisfaction du travail bien fait.

Cette année encore j'ai toutes les raisons d'angoisser. Mon frigo déborde d'ailleurs, déjà, de toutes sortes de produits survitaminés, ma pharmacie regorge de pilules au magnésium, enrichies en fer, contre le mal de tête, anti-stress, calmantes, euphorisantes, pour les petites chutes de moral, les grands pics de blues, le manque d'énergie, pour les bonnes idées, le trop de bruit, le pas assez de participation...

Le CAPES ouvre bien des portes. Cette année en effet me voici propulsée au haut et digne rang de "Superflic-Professeur-Principal-Pro-de l'Orientation" d'une classe de troisième. C'est une sorte d'avancement, de prime au mérite sans mon accord.

Pour quelques euros de plus, j'aurai droit à un casier vomissant de paperasses administratives et d'informations sur l'orientation, à des nuits entières passées à décoder des sigles sibyllins comme BEP, CAP CFA, STI, STG, B2I, CIO, ONISEP, BTM, BMA, BP, MAIS OU ET DONC OR NI CAR...

Je goûterai aux joies de la recherche de stages.

J'aurai aussi un nouveau meilleur ami : le COP, un autre Superflic (comme son nom l'indique d'ailleurs) Conseiller d'Orientation Psychologue.

Le mois de juin sera enfin une succession de rebondissements enchanteurs au rythme de la douce musique des Dossiers d'Orientation.

Bref, voici encore un très beau cadeau que me font mes supérieurs hiérarchiques. Je n'en demandais pas tant. C'est trop d'honneur. Je remercie tout d'abord mes parents, sans qui je n'aurai jamais travaillé à l'école et grâce à qui je peux aujourd'hui prétendre au haut grade de fonctionnaire de l'état au sein de l'éducation nationale. Je remercie ensuite les bancs de la Fac, ma tutrice, les dirigeants de l'IUFM. Et enfin, une spéciale dédicace à Xavier. Je pense n'avoir oublié personne. Merci. Je vous laisse. Je suis attendue par un verre d'aspirine.

18.06.2008

Une autre page

Une nouvelle page de ma vie de prof se tourne, mécaniquement, comme régie par un dispositif dont j'ignore les rouages. Les pages paradent, sous un rythme régulier. Les années s'enchaînent, comme les jours, comme les heures.

Du mois de septembre au mois de juin, il ne s'écoule qu'une seule seconde.

Une seconde pour apprendre de nouveaux prénoms, une seconde pour les maudire et les aimer. Une seconde pour s'attacher à leurs visages encore poupins, une seconde pour observer leur métamorphose.

Une seconde pour leur montrer autre chose que cet extrémisme qui harponne leur innocence, une seconde pour baisser les bras puis se dire que tout est possible tant qu'on y croit.

Une seconde pour râler contre l'administration qui décidément ne fera jamais correctement son boulot même en une seconde. Une seconde pour finir par accepter les défauts de l'Homme.

Une seconde pour penser aux grands qui ont forgé ma carapace littérale, Voltaire, Hugo et autre Molière. Une seconde pour accorder ce niais de participe passé employé avec le malintentionné auxiliaire avoir.

Une seconde pour barbouiller en rouge colère une copie d'écolier. Une seconde pour remplir les bulletins des trois trimestres. Une seconde pour choisir le mot juste, pour ne pas blesser. Une seconde pour construire des rêves de carrière, une seconde pour démollir de grandes ambitions. Une seconde pour leur dire "au revoir", avec ce sanglot dans le coeur, identique à chaque seconde qui passe.

Une seule seconde pour ne jamais plus les oublier.

Une seconde pour vivre.