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24.09.2007
Sans un bruit
Mon enfance a ôté, pour toujours, son masque blanc. Innocente créature, elle aimerait rester encore un peu. Juste une seconde. Le temps d'un souffle. L'espace d'un soupir. Une dernière fois. Mimer les grands sans prendre de risque. Vivre.
Mais le spectacle est terminé. Le rideau est définitivement fermé. Le clown doit se démaquiller. Un dernier entrechat. Quitter la scène. Et épouser l'âge des grandes responsabilités. Plus jamais, il ne revêtira ses habits d'apparat. Ils sont à présent bien rangés, au fond d'une armoire de souvenirs, scellée, condamnée.
Il ne reste plus rien.
Pas un geste. Elle est partie. Trop vite, trop tôt. Elle m'a quittée. Sans dire un mot. Elle n'a laissé qu'un immense silence. Un étrange non-dit. Comme une impression d'inachevé. Sur la pointe des pieds.
Le mime Marceau l'a emportée avec lui.
20:20 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
21.09.2007
Les bobos
Hier, on m'a traitée de Sarkoziste,
ça doit être parce que je ne suis pas syndiquée.
Au moins, ne me traite-t-on pas de bobo...
06:55 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
19.09.2007
Ne pas confondre laïcité et aveuglement
Un conseil pour tous les principaux et proviseurs en herbe : ne jamais organiser une réunion parents-professeurs le mois du jeûne.
Les parents motivés viendront, les parents curieux seront là aussi, les parents que l'on ne veut pas voir ne manqueront pas le rendez-vous. Mais tous évidemment seront affamés, harassés par une journée de jeûne et de travail. Vous aurez alors l'impression de vivre une soirée en accéléré. Perdu au milieu des bourdonnements incessants de questions sans réponse.
Tous s'agglutineront autour de vous, comme des abeilles autour d'une ruche. Voulant vous parler, avant les autres. Ne pas rentrer trop tard. Il faut que ça aille vite. Chacun doit préparer le repas du soir.
Mais c'est ainsi, l'administration ne pense pas à tout. Mes mamans abeilles et moi-même devons donc aller au plus rapide. Ne pas se perdre dans de trop longs discours. Et faire les frais d'une décision qui a été prise en notre absence.
Et puis, la plupart des mamans abeilles, en ce mois de jeun, doivent comme toujours, mais le ventre vide, s'occuper de leur toute jeune progéniture. La salle de classe devient une véritable nurserie. Les cris de l'après-midi sont devenus babils et voix enfantines. De toute façon, la principale l'a dit, ce soir, lors de la réunion plénière, les parents qui ne peuvent pas venir récupérer leurs enfants après les cours, pourront désormais les laisser au collège. Des professeurs s'en occuperont. On mettra en place des ateliers poteries, couture, macramé, miel... On pourra même se déguiser s'ils veulent... On a les diplômes pour ça. Les parents et moi-même sommes consternés. Mais nous laissons dire.
On ne s'entend plus parler. On essaie pourtant, du mieux que l'on peut, de remplir nos fonctions : maman abeille, malgré la faim, prend connaissance des exigences au collège et moi je pense déjà à mon lit. Je suis là depuis le matin, je n'en peux plus, je n'ai plus la patience, je n'ai plus l'envie. J'abrège donc mes souffrances et les leurs.
A la fin de la réunion, je n'ai finalement parlé à personne. J'ai passé mon temps à me justifier. A expliquer que non, je ne notais pas sévèrement, je les mettais simplement face à la réalité. A disserter sur le contenu de la trousse, sur l'utilité de la consultation du carnet de correspondance. A avertir une ou deux mamans sur le comportement de leur petit protégé. A leur dire que non, la réunion n'était pas encore terminée, que d'autres professeurs allaient venir se présenter. Et finalement à baisser les bras et à libérer l'essaim affamé. A leur souhaiter un bon appétit. Et à espérer ensemble que la prochaine fois, on réfléchira plus dans les bureaux de l'administration.
Vivement l'Aïd-El-Fitr. Nous serons consolés par les délicieux gâteaux au miel.
10:40 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (43) | Envoyer cette note | Tags : réunion parents professeurs, ramadan, abeilles, école laïque
17.09.2007
Une journée ordinaire
6h30 : Le réveil sonne. Pas envie. Pas le choix. Je me bouscule et je me lève. Je ne me réveille pas. Allez. Il le faut.
8h : Salle des profs. La tête encore en week-end, le corps guère réveillé, je lance un "bonjour" endormi à cette masse qui me ressemble. Certains me répondent. D'autres grognent (ou ronflent). Le reste m'ignore.
8h10 : Plongeon dans mon casier. Rapide coup d'oeil. Un rapport d'exclusion, diverses notes de service, de la paperasse à trier, des informations à communiquer à l'équipe lettres. Du travail. J'avais pourtant tout nettoyé vendredi soir.
8h15 : Une longue journée m'attend. Brève visite à la machine à café. Mes boyaux se tordent. Ont compris que le week-end était bel et bien terminé.
8h20 : Correction de copies qui traînent dans mon sac. Je pensais pourtant avoir tout fait hier.
9h00 : Coup de fil à une troupe théatrale. La convention n'est pas passée au Conseil d'administration. Il manquait le numéro de SIRET. Qu'est-ce que c'est ? Je ne sais pas. Mais il manquait. Merci de me le donner. Autre coup de fil. Même blabla. Numéro de SIRET absent. Ca me fatigue. C'est quand les vacances. Je vous laisse mon e-mail. Merci.
9h40 : Squat au secrétariat. J'attends.
9h50 : Voilà le numéro de SIRET. Qu'est-ce que c'est au fait ? Je n'écoute pas la réponse. Ca ne m'intéresse pas. J'ai besoin d'un café. Merci.
10h00 : Il faut passer une commande de livres. Chercher les références. Trouver les prix. Multiplier par la quantité. Prendre un café. Mal à l'estomac. Ca passera.
10h30 : Rapide visite au gestionnaire. Moins je le vois, mieux je me porte. A croire que c'est son argent. J'ose, j'ai le culot, de lui demander un Velléda pour la salle des professeurs. Je dois communiquer quelque chose à mon équipe. Pas tout à fait la mienne. C'est juste de l'intérim. Quoi ? Qui en a demandé un vendredi ? Pas moi en tout cas. Ca coûte si cher que ça ? Il me le faut. Un point c'est tout. Merci.
10h35 : Je commence à établir le planning pour la prochaine réunion parents-professeurs. Interruption par le gestionnaire. Va-t-il me demander de rembourser le Velléda ou le dernier trombone qu'il m'a prêté ? Non. La commande dépasse le montant dont dispose le fond lettres. Trop de jargon pour moi. Enlevez ce livre ou celui-ci. M'en fiche. Commandez en vingt-cinq et pas trente. Tant pis. Merci. N'oubliez pas votre Velléda.
11h00 : Les convocations sont remplies. Coup de massicot. J'espère secrétement un accident du travail. Décidément c'est pas mon jour de chance, ma main est indemne.
11h10 : Au bureau de la principale adjointe. Il faut revoir le calendrier. Déplacer ça. C'est trop tôt. On fera les évaluations communes là. Oui comme ça ça a l'air pas mal. Est-ce que je lui demande si les heures sup' seront payées dans l'Education Nationale? Je n'ose pas. Travailler plus pour gagner plus. On y pensera plus tard.
11h40 : Est-ce que mes cours sont prêts ? Coup d'oeil à mon emploi du temps. Ne surtout pas oublier qu'avant d'avoir été gratte-papier professionnel, j'ai aussi été (et suis encore) prof...
12h : Il est l'heure de manger. J'ai à peine lu le texte sur lequel on va travailler la semaine prochaine avec les troisièmes. On verra ça cet après-midi. J'ai faim. Au menu ? Peu importe. Je mangerai n'importe quoi. Même du steack de kangourou.
12h40 : Club UNICEF au CDI. Les élèves les plus motivés sont au rendez-vous. Pour la plupart ce sont les miens. Ne soyons pas mauvaise langue... Premier moment de bonheur de la journée. On parle. On évoque les problèmes des enfants soldats. On projette. Coup d'oeil ému à la Déclaration des Droits de l'Enfant, rédigée en 1989. C'était le bicentenaire de la Révolution française. Je m'en souviens comme si c'était hier. Mon déguisement de sans-culotte. La Marseillaise. La maîtresse. J'étais en CM2...
13h30 : La première heure de cours de l'après-midi sonne. La première séance du club UNICEF s'achève. A la semaine prochaine. Si vous saviez comme je vous aime. Il me reste une heure pour bosser encore un peu. J'en profite aussi pour recruter quelques collègues sympas pour "se mettre" sur la liste du Conseil d'Administration. S'opposer au monopole syndical. Vaincre. Penser par soi-même. Guère le temps d'y penser en fait. J'ai du boulot.
14h15 : J'ai terminé de travailler sur la séance troisième de la semaine prochaine.
14h20 : J'inscris la date au tableau. Titre de séance. Objectifs. Numéros et pages des exercices du jour. J'attends mes élèves. Je trépigne d'impatience. Ma vraie vie m'attend. Enfin.
14h30 : Décidément, il n'y a qu'une chose que je sais faire, enseigner. Je dis bonjour, avec un vrai sourire sincère aux lèvres, peut-être le premier de la journée. On peut démarrer. J'adore mon métier. Même au milieu des bavardages.
16h30 : Fin des cours. Ils m'ont lessivée. Ils ont puisé toute mon énergie. Ce sont de véritables parasites. Mais j'aime ça. Je les aime. Je souris.
16h45 : Retour en salle des profs. Remplir les cahiers de texte. Coup d'oeil dans mon casier. Une convocation au secrétariat. Un problème avec les conventions... Encore ce fichu numéro de SIRET. On verra demain... Trop tard pour un café.
18h00 : Je monte dans ma voiture. Ma journée est finie. Deux heures devant élèves. Je ne sais combien d'heures à gratter du papier, à planifier, à gérer, à coordonner. Plus envie de compter. Mal au dos. Mal à la tête. Demain j'ai cours à 8h00. Pas le temps de penser. Je veux dormir. Ca doit être ça être fonctionnaire.
19:55 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : prof, horaires, journée
14.09.2007
La vie continue
Jacques Martin est mort,
Mon enfance s'étiole,
Et mes élèves ont faim.
19:30 Publié dans Sur les traces d'un prof | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : jacques martin, école, ramadan
Ne jamais vendre la peau de l'ours
Il ne faut jamais vendre la peau de l'élève avant de l'avoir maté
Cette fable-là s'en va vous le prouver.
Par un soir de septembre, un soir ensoleillé,
Une classe de troisièmes devait avoir français.
Jusque-là rien à signaler, tout allait bien :
Les cours, les heures avançaient bon train.
Aucune ombre à l'horizon, ni révolte, ni rébellion.
Le brevet en tête, les yeux braqués sur leur avenir
Tous semblaient bien décidés à travailler, à grandir,
Au grand bonheur du prof qui en été pourtant
S'était préparé à batailler, à serrer les dents.
Mais l'adolescence est l'âge de toutes les surprises...
Après le calme vient souvent la brise.
Le doux berger devient vite guerrier.
Et l'agneau gros loup affamé.
Oubliant leurs bonnes manières et leurs ambitions
Jetant au remblai leurs bonnes résolutions,
Ils devinrent, en un mercredi après-midi,
Des monstres, des diables, de véritables furies.
Et pénètrèrent dans la classe comme on prendrait un donjon !!!
Mais un enseignant a plus d'un tour dans sa besace.
Aussi leur demanda-t-il de sortir de sa classe,
Respirer un bon coup et y entrer de nouveau,
Comme les mignonnets bambins qu'ils étaient encore ce matin.
Mais à 15 ans bientôt, on n'a plus rien d'enfantin.
Sans attendre, tous, manifestèrent leur mécontentement
En un joyeux tumulte, scandé de miaulements.
Ce n'était plus un collège, mais une animalerie !
Il n'était plus pédagogue mais à la commanderie !
Car personne n'a jamais appris à ce tout jeune enseignant
A parler à des félins, encore moins à des mécontents.
Et nulle part on n'apprend à gérer une jungle d'adolescents,
Ni dans les livres, ni à l'Institut. L'improvisation alors
S'impose, devient théorie, se fait règle d'or.
Pendant deux heures durant, il leur fit donc copier le réglement
Les priva bêtement de récré et appela leur maman.
Moralité : Malgré trois ans d'expérience,
Les années passent, s'enchaînent et se ressemblent
Rien n'est gagné d'avance, tout est à rejouer
Il ne faut jamais vendre la peau de l'élève avant de l'avoir maté...
07:05 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : prof, fable, discipline, heures de colles, punition
13.09.2007
Troisième année en ZEP...
Cette année est celle de toutes les responsabilités. Au bout de trois ans, dans un établissement comme le mien, on devient un pilier, une référence. Nous faisons partie de ceux qui "ont réussi à survivre", ceux qui parviennent à conserver un calme relatif au sein de toutes leurs classes, ceux vers qui se dirigent les "petits nouveaux en larmes", ceux qui ont presque "bouclé le programme" l'an dernier, ceux qui passent dix minutes dans les couloirs à répondre aux "bonjour madaaaaame" des anciens élèves.
Cette année, je suis professeur principal d'une sixième, en dépit des tribulations administratives de début d'année, dont je parlerai peut-être un jour... Cette année, j'apprends à dire "bonjour, merci, au-revoir, s'il vous plait". Je suis devenue "la maîtresse" pour la plupart de mes chères petites têtes brunes. Je suis celle qui punit et celle qui sourit niaisement à la moindre bonne réponse.
Cette année, j'ai aussi pris en charge la coordo de ma discipline. Je gère l'équipe de lettres, je conviens des jours de réunion et je passe beaucoup (trop) de temps dans les bureaux de l'administration.
Cette année je travaillerai plus, en gagnant autant.
Cette année, il va falloir que je dorme un peu, si je ne veux pas tomber comme une mouche dans un mois.
07:45 Publié dans Devant le tableau noir | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ZEP, rentrée scolaire, responsabilités, prof

